Fabian Rodriguez : En Suisse, le gouvernement a distribué aux citoyens au moment des impôts, un CD-ROM, un logiciel libre, pour leur permettre de faire leurs impôts. Quel est votre avis sur la création d’un logiciel libre de création d’impôts au Québec ?

Michel Cartier : Même chose pour le logiciel libre. Moi je suis pour mais le problème, vous l’avez souligné, réside dans la façon dont on doit communiquer, qu’on doit parler avec le monde. J’ai déjà vécu un problème relativement ardu concernant de la pollution sur la Côte-Nord. J’avais trois clientèles : les Amérindiens, les gens de l’UPA et les gens du syndicat des métallos. Certains parlaient orange, d’autres noirs mais personne ne parlait la même langue. Donc le diaporama, le même message devait s’appliquer à diverses couches de la population, la même affaire ne peut pas aller partout. Je suis bien d’accord avec tout ce que le gouvernement essaie de faire mais je ne suis pas d’accord par rapport à ceux qui parlent anglais, par rapport à ceux qui parlent français, par rapport à ceux qui parlent amérindiens, qui sont nos propres langues. On a souligné ceux qui lisaient moins bien etc. Je pense qu’on devrait être beaucoup plus sensibles sur la façon dont un tel logiciel devrait être fait car ce n’est pas tout le monde qui va comprendre.

Fabian Rodriguez : Peut-être que Monsieur Gautrin ou Madame Chartrand pourront me répondre. Il y a déjà des milliers de logiciels de création d’impôts commerciaux qui existent et qui se vendent très bien

Michel Cartier : Parce qu’il y a une loi…

Henri-François Gautrin : c’est une bonne question, est-ce qu’il faut refaire au niveau étatique ce qui se fait déjà dans le secteur privé si vous pouviez me donner un micro vous seriez gentil. Il y a eu une tendance dans le ministère du Revenu de faire ce que vous suggérez, en compétition avec les logiciels qui se vendent déjà. Est-ce qu’il faut investir dans cette voie là ou est-ce qu’il faut investir dans d’autres secteurs ? Je crois qu’il ne faut pas faire une duplication de ce qui existe déjà.

Jean-Claude Guédon : Est- ce que je peux répondre ?

Animatrice : Oh oui !

Jean-Claude Guédon : Tout cela est amusant parce qu’on parle d’impôts. On ne parle pas de création de parfums ou de choses comme ça. Je ne pense pas que le gouvernement ait grand chose à voir avec la production de parfums ou de chemises. Mais on parle d’impôts. Et quand le gouvernement nous demande de l’argent, il faut en plus qu’on en dépense pour savoir combien on lui en doit. Ça semble quand même curieux…je trouve cela complètement absurde.

Henri-François Gautrin : c’est complètement faux ce que tu dis…

Jean-Claude Guédon : Mais ce n’est pas complètement faux…il faut que je paie…est-ce que je peux terminer Monsieur Gautrin ? Franchement

Henri-François Gautrin : Franchement…

Jean-Claude Guédon : Quand je fais mes impôts, je vais voir un comptable ou j’achète un logiciel. Dans les deux cas je paie de l’argent. Pourquoi le système d’impôt est si compliqué, si difficile que je sois obligé de passer par des services secondaires et ensuite quand on propose, comme monsieur l’a fait, que le gouvernement enfin donne un coup de main à ses citoyens pour qu’ils puissent remplir leurs impôts sans avoir à acheter un logiciel ou voir un comptable on réponde qu’il ne faut pas faire de la duplication avec le secteur privé…moi je veux bien mais c’est un peu « tataouiner » ou alors encore pédaler dans la moutarde.

Henri-François Gautrin : Je vais vous répondre

Animatrice : Ça ressemble un peu à un match mais je crois que c’est important

Henri-François Gautrin : Premièrement, c’est vrai que la Loi de l’impôt est une suite de choses totalement incompréhensibles. Faut-il revoir la Loi ? Tous les ministres du Revenu ont essayé de simplifier au maximum les déclarations d’impôts

Animatrice : et ça ne marche pas…

Henri-François Gautrin : Deuxièmement, je pense que vous ne faites pas de distinction entre ce qui est le logiciel et ce que le gouvernement décide en ce qui est la manière de décider comment on doit payer l’impôt. Est-ce que l’État doit être en concurrence directe avec le secteur privé, ma réponse est non. Les argents sont rares et vous savez à quel point il est nécessaire d’investir dans d’autres secteurs plutôt que d’investir dans ce que fait déjà le secteur privé. Si vous voulez de l’argent pour le secteur communautaire…

(nom inaudible)  : avoir un formulaire sur CD ou un formulaire en ligne, c’est pareil…

Jean-Claude Guédon : c’est pour ça que je ne comprends pas…Ce que je suis en train de dire c’est que quand j’arrive à l’époque des impôts, je suis en train de m’organiser pour payer de l’argent au gouvernement, ce qui est normal. On paye le gouvernement pour qu’il puisse faire des choses, mais en plus, c’est tellement compliqué…c’est tellement con pour dire le mot qu’on est obligé d’aller voir des spécialistes là dessus. Je ne sais pas si c’est le rôle du gouvernement de complexifier son activité à un point tel que ça crée du commerce par-dessus. Je trouve ça assez fabuleux comme stratégie de développement économique. Rendons les choses aussi incompréhensibles que possible et il y aura des spécialistes pour essayer de les rendre compréhensibles et nous vendrons leurs services par-dessus ce que le gouvernement fait. C’est pas mal comme truc.

Animatrice : Merci. Est-ce que Monique tu veux réagir ?

Henri-François Gautrin : Voyons donc, Jean-Claude tu n’es pas sérieux.

Jean-Claude Guédon : Mais je suis parfaitement sérieux, je suis désolé.

Monique Chartrand : On n’est pas nécessairement obligé de s’aligner vers un logiciel mais je pense qu’on pourrait s’attendre à pouvoir faire nos rapports d’impôts en ligne sans avoir à débourser quelque coût que ce soit, surtout si on parle des populations défavorisées (inaudible)

Animatrice : Oui madame

(question inaudible)

Animatrice(reprend la question) : Donc on a parlé ce matin des personnes handicapées, de la réalité des personnes peu scolarisées. Est-ce que pour les personnes immigrantes ou récemment arrivées, il y a des préoccupations particulières ou une réflexion déjà faite ?

Henri-François Gautrin : Dans les quatre portails qui vont être mis sur pied, il y en a un pour les gens qui viennent de l’extérieur. Il y a un portail sur les citoyens, sur les entreprises, sur les jeunes et sur les gens qui arrivent au Québec. Ils seront mis sur pied d’ici quatre ou cinq ans.

Monique Chartrand : Je pense que c’est important de souligner que la réponse que nous avons souvent eue pour aider les nouveaux arrivants c’est de dire que les immigrants connaissent bien les nouvelles technologies…

Christian Vaillant : Je travaille pour un groupe d’alphabétisation populaire, le Centre de Lecture et d’Écriture. Je voulais vous remercier pour votre franchise de tout à l’heure quand vous avez dit que vous n’aviez pas pensé aux gens qui avaient des difficultés de lecture et d’écriture. Cela étant, lorsqu’on s’était vu à l’assemblée générale de Communautique [en janvier 2004] je vous avais parlé des réalités de ces personnes là et vous m’aviez dit que vous alliez en tenir compte. J’ai vraiment le sentiment, d’après ce que j’ai entendu, que dans les documents que vous nous avez présentés vous vouliez réécrire la fracture et j’ai vraiment l’impression que si vous ne tenez pas compte de la réalité de ces gens là; il ne faut pas oublier qu’au Québec, on a un million de personnes qui ont des difficultés de lecture et d’écriture et que la Commission scolaire fabrique entre 12 000 et 15 000 personnes qui sortent du secondaire avec des difficultés de lecture et d’écriture. Donc j’ai vraiment le sentiment que si vous ne tenez pas compte de la réalité de ces gens là, vous allez agrandir cette fracture déjà existante.

Henri-François Gautrin : Moi je vous renvoie la balle. Comment en tenir compte ?

Christian Vaillant : En donnant, peut-être des moyens (inaudible)

Henri-François Gautrin : Je ne voudrais pas rentrer dans les différents niveaux d’analphabétisation…à un niveau où on est en mesure de pouvoir lire et comprendre un texte. Est-ce que ceci pourrait être pris à l’intérieur du gouvernement en ligne ? Il y a une volonté certainement de simplifier les messages, c’est-à-dire de rendre les messages plus compréhensibles. Donc on a insisté pour que l’information gouvernementale soit diffusée, soit réécrite de manière beaucoup plus accessible. Mais le niveau d’accessibilité présuppose quand même d’être en mesure de lire et d’avoir un minimum d’alphabétisation. D’accord ? On se comprend là-dessus ? Descendre un cran en dessous, je ne sais pas comment faire à moins que vous me suggériez des choses.

Christian Vaillant : J’avais une question à vous poser…

Henri-François Gautrin : Allez-y…

Christian Vaillant : Parce que vous parliez de partenariat. Donc quelle était votre idée par rapport aux partenariats ?

Henri-François Gautrin : (inaudible)…qu’on démystifie ces technologies. Qu’on permette à la population de se les approprier. Mais évidemment, ça présuppose que les gens ont d’abord accès à la lecture, parce qu’évidemment, toute l’information est sous forme écrite. On peut utiliser des pictogrammes, le cas échéant, simplifier l’information mais tout ne peut pas être « pictographié ». Est-ce qu’il y a d’autres choses que l’on peut faire ? Je ne sais pas.

Christian Vaillant : Oui parce qu’il y a quelques années on a embarqué un certain nombre de groupes communautaires dans des centres d’accès communautaires à Internet, les CACI. Cette année on n’est pas financé pour ça. Peut-être que l’année prochaine il y aura quelque chose mais pour l’instant ce n’est pas prévu qu’on ait du financement pour ça. Actuellement, nous dans notre centre, nous avons une dizaine de machines et cette année, c’est nous qui allons supporter les coûts d’entretien et d’assistance aux personnes qui viennent nous voir. On n’est pas du tout soutenu par le gouvernement mais ce sera un moyen de tenir compte de la réalité de ces gens là.

Jean-Claude Guédon : Simplement une petite suggestion pour les sites gouvernementaux…si les gens ne savent pas lire, il n’est pas difficile d’installer des systèmes de synthèse vocale pour que les gens puissent comprendre le texte.