Les principales propositions de l’ICEA aux assises nationales des états généraux sur l’éducation et éléments de réponse aux questions jugées prioritaires

Tenues du 3 au 6 septembre 1996

Ce document a été préparé par le Comité d’encadrement de la réflexion collective de l’ICEA sur l’avenir de l’éducation des adultes.

Ont participé à la rédaction de ce document :

  • Antoine Baby
  • André Marchand
  • Pierre Paquet
  • Bernard Vallée
  • Gaétan Beaudet
  • Lina Trudel
  • avec la collaboration d’Esther Désilets

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Les principales propositions de l’ICÉA aux assises nationales des États généraux

Les objectifs prioritaires

  1. Faire reconnaître le droit des personnes d’apprendre tout au long de la vie et faire valoir l’importance d’inscrire la lutte à l’exclusion parmi les missions du système d’éducation, ce qui implique notamment de mettre la priorité sur l’alphabétisation et la formation de base et de diversifier les voies et les cheminements de formation, la maîtrise des nouvelles technologies et la préparation à l’exercice des rôles sociaux et à une citoyenneté active.
  2. Situer la réforme du système d’éducation dans une perspective plus large que la seule dimension scolaire et de l’éducation formelle. L’école a un rôle important à jouer, mais la mission éducative constitue une responsabilité qui est appelée à être de plus en plus partagée entre plusieurs institutions et associations.
  3. Faire valoir les principes de base devant présider à la mise en place d’un véritable système d’éducation permanente et de formation continue
    • La reconnaissance du milieu non formel d’éducation et de l’éducation populaire
    • La reconnaissance de la multiplicité des lieux et des approches de formation
    • La nécessité de repenser la formation initiale et celle des adultes dans une perspective d’apprentissage à vie
    • La mise en place d’un système de reconnaissance des acquis
    • L’appropriation technologique et le développement de la formation à distance.
  4. Faire reconnaître le fait que l’éducation des adultes ne se limite pas à la seule dimension de la formation reliée à l’emploi et au recyclage professionnel.
    • L’enrichissement culturel, l’éducation à la citoyenneté et à la démocratie, ainsi que l’apprentissage de langues secondes constituent des besoins auxquels le système d’éducation doit répondre davantage
  5. Faire valoir la nécessité d’assurer une formation spécifique aux éducateurs et intervenants en éducation des adultes
  6. Obtenir une large adhésion sur la nécessité de mettre en oeuvre un chantier pour en arriver à se doter, comme société, d’une politique cohérente en matière d’éducation permanente et de formation continue.

 

 

Éléments de réponses aux questions jugées prioritaires par l’ICÉA

À propos de la mission – Chapitre 1 – Question 3

Toute personne sera, tout au long de sa vie, en situation d’éducation permanente. Quelle influence cela a-t-il sur la redéfinition de la mission traditionnelle de l’école à tous les ordres d’enseignement?

Le renouvellement rapide des connaissances et des technologies obligent désormais à concevoir l’apprentissage comme un processus continu. Il s’agit d’une mutation importante qui nécessitera de procéder non pas seulement à des ajustements mais à des changements importants dans les pratiques éducatives.

La notion de formation continue ou d’apprentissage à vie fait en principe consensus mais en réalité nous n’avons pas encore amorcé concrètement ce virage. Le système d’éducation est encore presque exclusivement centré sur l’école et la formation initiale des jeunes et l’éducation des adultes est encore vue comme étant surtout un rattrapage de la formation initiale. La perspective de l’éducation permanente qui doit traverser l’ensemble du système d’éducation n’est donc pas encore réellement intégrée. Les documents de la Commission reflètent cette approche traditionnelle. La formation continue est cantonnée au Chapitre 6, alors que dans tous les autres chapitres il n’est question que de la formation initiale des jeunes.

Pour inscrire réellement le système d’éducation dans une perspective d’éducation permanente, il faut redéfinir la mission du système d’éducation sur la base des quatre axes identifiés dans le rapport de la Commission Delors: «Apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble et apprendre à être».

Pour concrétiser cette mission et répondre aux exigences de l’apprentissage à vie, il faudra agir sur deux fronts:

  1. Revoir et renforcer la formation initiale;
  2. Développer et adapter les services éducatifs pour répondre plus adéquatement aux besoins de formation continue et à la diversification des temps et lieux d’apprentissages.

1 – Au niveau de la formation initiale cela implique notamment:

De mettre la priorité sur l’accès à la formation de base et à une première formation professionnelle pour les jeunes et les adultes. Cette formation constitue la clé permettant les apprentissages ultérieurs et la participation à la vie économique et sociale.

De centrer davantage la formation initiale sur l’apprentissage de compétences fondamentales et la maîtrise des outils de base, plutôt que sur la transmission de savoirs. (Nous y reviendrons au chapitre sur les Curriculums).

2 – Concernant l’éducation des adultes

À ce chapitre, il faudra donner un sérieux coup de barre. Le système public est en train de passer complètement à côté de ce défi et de prendre un retard considérable. Tout se passe comme si on avait décidé de laisser ce secteur au libre jeu du marché. L’école publique doit à cet égard se ressaisir et assumer sa mission consistant à mettre en place les conditions pour concrétiser le droit de toutes personnes à l’apprentissage tout au long de la vie. L’école doit donc s’organiser pour répondre plus adéquatement aux besoins de formation continue des adultes qui explosent et se diversifient. Il lui faut, pour se faire, adapter ses contenus, ses méthodes, ses conditions d’accès et de réussite aux besoins et réalités de vie des adultes.

Mentionnons enfin que:

  • L’école devra aussi consentir à partager sa mission éducative et développer en conséquences des partenariats avec les entreprises, les médias, les syndicats, les associations populaires et communautaires. C’est-à-dire, reconnaître l’importance et le rôle de ces différents lieux de formation, établir un rapport égalitaire entre ces différents milieux. L’un ne devient pas le faire faire de l’autre.
  • Elle devra aussi utiliser davantage les nouvelles technologies et développer la formation à distance pour élargir l’accès au savoir et éviter l’élargissement des inégalités.

À propos de l’accessibilité ­ Chapitre 2 – Question 5 –

En ce qui a trait au régime d’aide financière aux étudiants :

Chapitre 6 – Question 1 – Pour assurer l’instauration d’un véritable système de formation continue, partagez-vous l’idée que les moyens suivants devraient être mis en place:

  • la gratuité de la formation jusqu’à l’atteinte d’un seuil minimal de scolarisation qui pourrait correspondre à la fin de la 5e secondaire?
  • l’accès élargi et gratuit pour l’adulte à des activités d’alphabétisation dans différents lieux (à l’école, dans les quartiers et les villages, sur les lieux de travail) et avec divers intervenants du milieu scolaire et communautaire?

Question 2 – La pratique en vigueur dans certains pays européens d’accorder à tout individu un crédit de formation qu’il peut utiliser pour ses besoins de formation continue vous paraît-elle une formule intéressante?

En matière d’aide financière aux étudiants, les adultes, quelque soit le niveau d’enseignement, sont confrontés à des problèmes d’accessibilité pour lesquels les régimes actuels d’aide financière n’apportent que peu de solutions.

Elle apparaît plutôt comme un privilège pour certaines populations cibles: adultes inscrits à temps plein dans des programmes crédités, prestataires de programmes pour sans-emploi, travailleuses et travailleurs en emploi.

Dans une perspective d’éducation permanente on doit assurer la disponibilité et la gratuité des formations qui font partie du seuil minimal individuel pour bien fonctionner dans la société, à l’aube du XXIe siècle: alphabétisation, éducation de base, éducation populaire, accès au diplôme d’études secondaires, au diplôme d’études professionnelles et au diplôme d’études collégiales. Au-delà de ce seuil minimal, d’offrir l’accessibilité ou la disponibilité des services, en prenant soin de n’exclure aucun adulte en raison de son incapacité de se les payer.

Cela implique, entre autres, la réouverture des enveloppes budgétaires en alphabétisation et en formation générale dans les commissions scolaires, l’accès aux prêts et bourses pour les étudiants-es universitaires à temps partiel, l’adoption d’un congé-éducation payé pour les travailleuses et travailleurs et le financement adéquat du réseau d’alphabétisation et d’éducation populaire.

À propos des curriculums ­ Chapitre 3 – Question 1 a) et b)

Question 1 a) – La réorganisation des curriculums du primaire et du secondaire à partir de profils de formation qui préciseraient les connaissances, les attitudes et les habiletés à acquérir par les élèves fait consensus. Quels principes devraient guider cette réorganisation?

Question 1 b) – Quels sont les processus et les mécanismes à mettre en place pour mener à terme ce chantier?

Question 1 a] – Le premier principe devant guider la réorganisation des curriculums consiste à remettre l’élève au centre des préoccupations et tenter d’offrir à chacun des chances égales de développer son potentiel, d’avoir une maîtrise sur son avenir et plus de prise sur l’évolution de la société. Il faut donc, pour ce faire, tenir compte que tous ne se rendront pas à l’université. Il faut aussi tenir compte des styles différents d’apprentissage par la voie de l’abstraction, de l’observation et de l’expérimentation.

La formation de base doit donc fournir les clés pour les apprentissages ultérieurs afin de favoriser l’insertion sur le marché du travail et la participation active aux affaires de la Cité.

Deuxièmement, il faudra aussi tenir compte du nouveau paradigme de l’apprentissage à vie. Le renouvellement rapide des connaissances et la capacité des ordinateurs de les stoker, traiter et les mettre à jour doit aussi nous inciter à adopter une approche centrée non pas sur la transmission et l’accumulation de connaissances abstraites, utiles surtout à l’école, mais surtout sur l’acquisition de compétences fondamentales et génériques (Apprendre à apprendre, à traiter l’information à porter des jugements critiques et à utiliser ses connaissances des situations concrètes), développer sa créativité.

Il faudrait, en outre, viser à intégrer davantage les savoirs pratiques et théoriques et les divers champs de connaissances au lieu d’accumuler les cours qui contribuant ainsi à compartimenter les savoirs. Nous suggérons donc de réorganiser les grilles-matières autour des quatre grands axes suivants:

  • L’apprentissage des outils conceptuels et méthodologiques de base
  • La culture générale (l’histoire y compris celle de la pensée et des religions, la littérature, les arts)
  • La culture scientifique et technologique
  • La culture de la citoyenneté

Concernant la culture de la citoyenneté

Il ne s’agit pas de reléguer cet aspect au rang de petites matières tels l’enseignement personnel et social, mais d’intégrer dans ce volet la mission de socialiser, d’intégrer, d’éduquer aux valeurs civiques et de développer une meilleure compréhension de la société québécoise. Le développement de cette culture ne passe pas seulement par des cours mais par des apprentissages concrets en favorisant notamment la participation démocratique à l’école, en organisant des activités «citoyennes» avec les organismes populaires et communautaires.

Ajoutons que l’apprentissage de valeurs civiques communes doit s’accompagner aussi d’un apprentissage à la différence et au respect des diverses cultures et façon de faire e