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///Inforoute, culture et démocratie : Enjeux pour le Québec

Inforoute, culture et démocratie : Enjeux pour le Québec

volume 1, numéro 1, août 1997

Voici le premier bulletin électronique produit par le projet Communautique ! N’ayant pas encore arrêté notre politique éditoriale sur le contenu de ce bulletin, ce numéro se présente comme un banc d’essai qui nous aidera, grâce à vos suggestions et commentaires, à trouver une formule et un créneau pouvant répondre à des besoins non comblés actuellement tout en demeurant ancré sur les orientations du projet. Ce bulletin sera donc en constante évolution au cours des prochains mois. N’hésitez pas à nous écrire!

Le contenu de ce premier numéro sera concentré sur les actions gouvernementales récentes et futures en matière d’inforoutes de façon à faire le point sur un certain nombre d’enjeux et à présenter une liste d’événements marquants.

 

Commission de la Culture: un rapport unanime, 47 recommandations

Résultat d’une des premières consultations publiques sur l’inforoute québécoise, la parution du rapport de la Commission de la Culturemérite d’être soulignée, et ce, d’autant plus qu’une politique gouvernementale semble poindre à l’horizon de notre automne. Une révision des lois sur l’accès à l’information et sur la protection des renseignements personnels est aussi annoncée. La Commission de la Culture a d’ailleurs mené une consultation à ce sujet au printemps dernier et la Commission d’accès à l’information doit, elle aussi, tenir des audiences, cet automne. L’accès aux inforoutes et aux contenus, les pratiques démocratiques et les droits individuels se retrouvent au coeur des enjeux de ces futures lois et politiques.

Au mois de mai dernier, la Commission de la Culture déposait à l’Assemblée nationale du Québec un rapport intitulé « Inforoute, culture et démocratie: Enjeux pour le Québec ». On y retrouve pas moins de 47 recommandations qu’elle souhaite voir analysées ou retenues dans le cadre de la politique québécoise que l’on espère être adoptée cet automne. Ce rapport fait suite à la consultation publique tenue en octobre 1996 à laquelle de nombreux intervenants ont participé notamment la CEQ, la CSN, le Réseau d’information des aînées et aînés du Québec, Michel Cartier, Jean-Claude Guédon, des représentants des bibliothécaires et des bibliothèques publiques ainsi que l’ICEA. Voici les recommandations qui ont retenu notre attention.

Sur les enjeux démocratiques

Le rapport souligne l’ampleur des changements sociaux provoqués par la « révolution » en communication et l’importance pour le gouvernement de se doter, de façon prioritaire, d’une stratégie de développement de l’inforoute.

La Commission s’est d’abord préoccupée de l’équité d’accès aux inforoutes. Elle demande au gouvernement de favoriser, par des mesures adéquates, un accès à coût abordable dans l’ensemble des régions du Québec et elle met l’accent sur la création de points d’accès publics dans les bibliothèques, les écoles et les centres communautaires. Elle souhaite aussi qu’on «accorde une attention spéciale aux besoins des personnes pour qui l’accès aux nouvelles technologies peut être difficile, telles les personnes à faible revenu, analphabètes ou atteintes de handicaps sensoriels ou autres.».

Elle reprend aussi les préoccupations formulées par le Protecteur du citoyen: « favoriser l’appropriation » des NTIC par l’ensemble de la population, s’assurer d’une accessibilité facile aux contenus par le développement de procédures simples pour l’usager, maintenir une diversité à la fois des supports des informations (version électronique et papier) et des canaux d’accès, consacrer des ressources pour des projets-pilotes d’accès aux services du gouvernement.

La Commission rappelle également au gouvernement qu’il doit veiller à la protection des renseignements personnels en s’assurant notamment qu’un débat public ait lieu avant l’introduction d’une carte-santé. D’autre part, elle soumet une proposition des plus intéressantes: mettre au point un programme éducatif visant à sensibiliser la population afin qu’elle adopte une attitude critique face à l’information qui circule sur les inforoutes. De plus, faisant écho à certaines préoccupations soulevées notamment par l’ICEA , la Commission reconnaît l’importance de veiller à ce que les inforoutes enrichissent la vie démocratique et sociale. Elle souhaite qu’une diversité de moyens d’accès à l’information gouvernementale soit maintenue et que ce moyen de communication soit utilisé pour renforcer les liens entre les citoyens et leurs représentants.

À propos de l’éducation

La Commission reconnaît le rôle croissant que joueront dorénavant les NTIC en éducation. Ainsi, elle exhorte le gouvernement à les intégrer à l’enseignement. En outre, elle insiste sur la formation des enseignants et enseignantes et sur le développement de projets-pilotes d’enseignement à distance.

Concernant le développement régional

La Commission demande au gouvernement d’étudier la possibilité qu’Hydro-Québec participe au déploiement des inforoutes en régions, par le biais de ses propres infrastructures de communication.

Au sujet du travail

Deux grands champs de préoccupations sont identifiés: établir un plan d’action en matière de formation de la main-d’oeuvre et réviser les lois actuelles à la lumière de l’importance accrue du travail autonome et du travail à domicile.

Sur les enjeux culturels et linguistiques

L’omniprésence de l’anglais et de la culture américaine sur les inforoutes continue d’être au coeur des préoccupations des intervenants entendus par la Commission. Le rapport conclut que « l’inforoute constitue une occasion à saisir pour l’épanouissement de diverses cultures nationales. » Ainsi, on suggère d’adopter une stratégie afin d’assurer le « rayonnement » de la culture et de la langue française. À cet effet, la Commission interpelle le gouvernement: « il faudra que le Fonds de l’autoroute de l’information, … , accentue sa nouvelle orientation visant à soutenir en priorité des projets axés sur la production des contenus francophones de qualité, par opposition au soutien aux projets d’infrastructures ».

Le rapport fait aussi une place à Télé-Québec en lui confiant un rôle de soutien à la production de documents multimédias et, aux institutions détentrices du patrimoine (écoles, musées, bibliothèques, etc.) en leur suggérant de numériser leurs collections. L’action gouvernementale viserait alors à favoriser la diffusion de ces contenus.

Les éléments les plus positifs du rapport

Plusieurs aspects positifs de ce rapport méritent d’être soulignés. Le rapport a été adopté à l’unanimité ce qui en soit représente un certain accomplissement. La perspective de voir le gouvernement encourager les citoyens et citoyennes à être critique à l’égard des contenus qui circulent sur les inforoutes est encourageante. Il faudra toutefois être vigilant sur les moyens qui seront employés pour concrétiser cet objectif. La Commission, reconnaissant les dangers d’accentuation des clivages sociaux entre inforiches et infopauvres, propose d’ajouter un volet communautaire au Fonds de l’autoroute de l’information (FAI) et d’octroyer des ressources aux projets de création de points d’accès publics. La Commission reconnaît ainsi le rôle éducatif et social important que les groupes populaires et communautaires peuvent jouer dans l’appropriation sociale des NTIC ce qui constitue un progrès important dans ce secteur où, jusqu’à présent, on avait tenu un discours davantage centré sur les enjeux économiques.

Des éléments qui laissent songeur

La Commission semble concevoir la francophonie virtuelle essentiellement comme un marché potentiel. Cette perception semble éluder des dimensions fondamentales du renforcement des liens de communication et de coopération dans le cadre de la francophonie virtuelle: un espace culturel, civique et de partage.

D’autre part, le chapitre sur l’éducation est principalement axé sur les jeunes et l’on fait peu état des besoins de formation et d’appropriation des NTIC par les adultes.

Curieusement, on n’y retrouve aucune mention des limites originant de la compétence exclusive du fédéral dans le champ des communications. Une politique québécoise qui ne tiendrait pas compte de cette dimension passerait à côté de problèmes fondamentaux.

La politique québécoise: À quoi peut-on s’attendre?

Lors de l’assemblée générale de Communications accessibles Montréal (CAM), un fournisseur d’accès Internet sans but lucratif, tenue le 17 août dernier à Montréal, Monsieur Robert Thivierge, sous-ministre associé, a présenté, lors de son allocution, quelques-uns des principes et axes d’interventions qui devraient guider l’élaboration de la politique québécoise en matière d’inforoute. Cette politique est attendue au début octobre.

Les principes qui seraient privilégiés

Selon M. Thivierge, la politique annoncée devrait s’appuyer sur six grands principes: assurer l’accès, la protection de la vie privée, l’habilitation (« Empowerment ») des citoyens et citoyennes à prendre leurs affaires en main particulièrement dans les domaines de la santé, de la justice et de l’éducation, le respect des valeurs sociétales (la promotion de l’identité québécoise par exemple), la transparence et le libre choix (pas de question de forcer la population à utiliser les inforoutes, les versions imprimées devront demeurer disponibles aux individus).

Les axes d’interventions qui seraient retenus

Toujours selon M. Thivierge, on entrevoit cinq axes majeurs d’intervention gouvernementale: stimuler le développement économique notamment le développement régional et l’émergence de Montréal comme carrefour international des NTIC et du multimédia; poursuivre la modernisation de l’appareil d’État afin de stimuler l’économie, promouvoir l’acquisition des compétences liées à l’utilisation des NTIC par les élèves du primaire et du secondaire, favoriser l’accessibilité des inforoutes en encourageant le déploiement de points d’accès public, encourager la diversité linguistique au sein des inforoutes.

À première vue, l’approche générale présentée par M. Thivierge nous semble quelque peu différente de celle avancée par la Commission de la Culture… À suivre …

Une politique québécoise en matière d’inforoute: à la fin septembre ou au début octobre.

Une consultation sur le projet de politique sur la formation continue à l’automne.

Du côté fédéral: un nouveau rapport final?

D’abord annoncé pour le mois de mai 1997, nous attendons toujours le rapport final du Comité consultatif sur l’autoroute de l’information (CCAI) du gouvernement fédéral. Ce rapport fera suite au rapport final (!) Contact, Communauté, Contenu, le défi de l’autoroute de l’information (publié par le CCAI en 1996) et à celui publié par Industrie Canada: «Pour entrer de plein pied dans le XXIe siècle».

Six comités d’orientation avaient été mis sur pied et ont déposés les recommandations qu’ils feront au gouvernement. Parmi ces propositions, nous nous contenterons d’en souligner quelques-unes formulées par le comité d’orientation sur l’accès où siégeait, entre autres, Andrew Reddick (du Public Interest Advocacy Centre). Une série de recommandations (4.3 à 4.10) enjoignent le gouvernement à lutter contre les clivages entre inforiches et infopauvres par une série de mesures concrètes (multiplication des points d’accès publics, éducation, augmentation des ressources allouées au Programme d’accès communautaire) visant à favoriser l’appropriation de l’Internet par les citoyens et citoyennes. Une autre recommandation propose au gouvernement la création d’un « comité consultatif national … composé à parts égales de membres provenant de l’industrie et du secteur à but non lucratif. » (4.22) Ce comité aurait pour mandat de traiter des questions relatives à l’accès et à la définition des «services de base essentiels» sur l’inforoute.

Du côté des projets acceptés par le FAI: de bonnes nouvelles

Le Fonds de l’autoroute de l’information a tenu un nouveau concours au printemps dernier. Parmi les projets acceptés, on retrouve:

  • «Internet au féminin» du Centre de documentation en éducation des adultes et en condition féminine (CDEACF) qui prévoit la création d’un site Internet pour les groupes et associations de femmes du Québec, de la formation, la diffusion de contenus intéressant les femmes et le réseautage des groupes de femmes.
  • «Centre René-Lévesque» de la Coopérative de services télématiques qui compte créer un site offrant à la francophonie les services d’un centre de documentation et de recherche sur les pays francophones.
  • «Planèt’ERE» de la CSQ qui vise à implanter un réseau télématique francophone en éducation et formation relative à l’environnement.
  • «Familis» de l’Organisation mondiale pour les familles qui souhaite mettre en réseau tous les organismes familiaux et/ou à intérêt familial.

Rappellons que parmi les projets acceptés au concours tenu l’automne dernier, la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles du Québec (TRPOCBQ) et l’ACEF de l’Est avaient, eux aussi, obtenu du financement afin d’offrir des activités de formation, de réseautage et de création de sites. Le nouveau formulaire de demande d’aide financière auprès du FAI sera disponible en octobre.

Quelques événements à suivre

Le 4 septembre prochain, à l’Écomusée du Fier Monde, aura lieu le lancement du nouveau magazine RECTO VERSO. Recto Verso prend le relais du magazine Vie ouvrière. Il sera publié à 100 000 exemplaires et distribué gratuitement partout au Québec.

Les 11 et 12 septembre prochains aura lieu, à Québec, un Colloque d’orientation des bibliothèques publiques. Des ateliers discuteront notamment des NTIC et du financement des bibliothèques publiques. Pour plus d’informations, Secrétariat du Colloque d’orientation, téléphone (514) 281-5012.

Du 10 au 14 septembre 1997 se tiendra un Colloque international sur les applications territoriales du développement durable. Pour obtenir des renseignements, Région laboratoire du développement durable, téléphone: (418) 668-7533, courriel: info@nikan.org.

Les 24 et 25 septembre aura lieu un colloque organisé par le CEFRIO sur les enjeux liés aux impacts des NTIC sur les services publics. Au menu principal: la modernisation de l’appareil étatique, quels impacts et quels enjeux? Un colloque qui bénéficie du soutien financier du FAI.

Conférence internationale sur la vie privée: Vie privée sans frontières du 23 au 26 septembre. Cette conférence pourrait coïncider avec l’annonce de l’ouverture à Montréal d’un Secrétariat sur la vie privée.

À Parthenay (France), un symposium aura lieu, du 25 au 27 septembre, sur la démocratie et des réseaux multimédias. Ce colloque est organisé par VECAM (Veille Européene et Citoyenne sur les Autoroutes de l’information et le Multimédia). Pour VECAM, «citoyenneté et démocratie sont liées à l’évolution des systèmes de communication: si les citoyens ne parviennent pas à s’approprier ces technologies, les conglomérats financiers ne manqueront pas d’occuper la scène à des fins de simple consommation marchande. D’où l’urgence de permettre des expérimentations et réflexions sur l’usage citoyen et démocratique des NTI.»

À surveiller: «Sous le thème «Opération Amériques», les premières Journées québécoises de la solidarité internationale auront lieu cette année du 10 au 27 septembre 1997 dans 10 régions du Québec.» (Tiré du Tour d’y voir, 19 août 1997). Ces Journées sont organisées par l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).

Le Centre de gestion des coopératives organise le 2 octobre prochain un colloque sur «L’entrepreneurship coopératif: une réponse aux défis actuels et à venir». Pour plus d’information, Suzanne Lamoureux au (514) 340-6982 ou suzanne.lamoureux@hec.ca (Tiré du Tour d’y voir, 12 août 1997)

L’Association communautaire d’emprunt de Montréal (ACEM) organise une conférence «Stratégies de financement pour le développement socio-économique» du 10 au 12 novembre à Montréal. Pour plus de renseignements, téléphone (514) 844-9882 ou acem@accent.net (Tiré du Tour d’y voir, 8 août 1997)

L’Itinéraire «offre la possibilité aux gens de la rue d’acquérir de la formation en informatique et de s’initier à Internet.» L’Itinéraire ouvrira bientôt le Net-Café sur la rue. «Des ateliers de formation sur Internet seront offerts à des gens démunis qui pourront naviguer à coût minime et avoir accès à des ordinateurs.» On recherche des ordinateurs MacIntosh usagés et on a besoin de techniciens en informatique ou internautes bénévoles. Courriel: itiner@cam.org, téléphone: Serge Lareault 597-0238 (tiré du Journal l’Itinéraire, vol4. no9.)

Le Web, en bref: quelques sites apparus cet été

Fibre : un site de la région du Coeur-du-Québec où l’on retrouve des listes de discussion sur des thèmes sociaux, culturels, économiques et sur le développement de l’inforoute. On y retrouve également une page d’archives régionales.

L’Autre Montréal propose un regard différent aux visiteurs et habitants de la métropole. Un visite de Montréal éclairée de son histoire économique et sociale.

Le Libertel de Montréal. Ah! Renaissance? Renouveau? Quoiqu’il en soit, un libertel semble vouloir enfin prendre racine à Montréal. Fournisseur de services et d’accès Internet à très bon compte, allez y faire un tour.

Un autre libertel devrait apparaître bientôt à Montréal: Le Club Libertel

Le site de la Ville de Montréal, présente depuis peu un Carrefour communautaire où l’on peut trouver des liens vers des services à la communauté.

À surveiller: Le Tour d’y voir, bulletin d’information quotidien d’information pour le mouvement populaire et communautaire de l’ensemble du Québec aura très prochainement son site Internet. Pour communiquer avec le Tour d’y voir, téléphone (819) 373-1473.

L’équipe de rédaction de ce bulletin : Philippe Tousignant et Francine Pelletier, collaboration de Lina Trudel,

2017-03-06T21:27:59+00:00