Résumé de l’Inforoute québécoise

Résumé du Mémoire déposé par l’Institut canadien d’éducation des adultes à la Commission de la Culture sur les Enjeux du développement de l’inforoute québécoise.

Préparé par Francine Pelletier et Lina Trudel, 3 septembre 1996

Dans ce mémoire, l’Institut propose un ensemble de pistes d’orientation et de moyens visant à faire de l’inforoute québécoise une véritable voie royale pour le développement et la démocratisation de notre société. Dans ce mémoire, nous avons donc traité essentiellement des questions relatives à l’accessibilité à la participation des citoyens ainsi qu’à la culture et à l’éducation.

L’accessibilité

L’accessibilité se situe au coeur des enjeux et elle porte une double injonction: en plus d’assurer l’universalité d’accès aux équipements, il importe aussi de garantir l’accès aux services et aux contenus essentiels pour le développement des personnes et des collectivités.
À cet égard, trois obstacles doivent être surveillés de très près: la multiplication des sites à «valeur ajoutée» payants, la multiplication de «poste de péage» et la concentration des fournisseurs de contenus et d’accès à l’inforoute.

Pour assurer une véritable démocratisation de l’accès à l’inforoute, l’ICEA propose la mise en oeuvre d’un chantier visant l’implantation d’un service de base qui favoriserait l’accès aux outils de communication et aux services d’information et de contenus à «valeur ajoutée» ainsi qu’à des services publics de formation initiale et continue L’ICEA pense aussi qu’il faut multiplier les points d’accès publics dans les écoles, bibliothèques et organismes socio-comunautaires, etc.

Accroître la participation – éviter le contrôle

Le droit à la communication constitue un élément-clé de la démocratisation des inforoutes. La démocratie électronique doit en effet dépasser la simple possibilité d’enregistrer son vote ou son accord ou désaccord sur un projet de loi. L’inforoute pourrait être utilisée par les pouvoirs publics pour améliorer l’information des citoyens, recevoir leurs commentaires et les inciter à participer à des discussions publiques dont celles portant sur l’implantation de mécanismes de contrôle et de collecte d’informations sur les citoyens.

L’ICEA propose, à cet égard, la création d’un forum public permanent visant l’évaluation préalable des projets de développement de l’inforoute: signature électronique, la mise sur pied d’un service de base, l’élaboration de code de déontologie et règlements, l’encryptage, etc.

L’éducation et l’appropriation

La capacité des personnes d’utiliser les nouvelles technologies pour accroître leur potentiel nécessite le renforcement de compétences fondamentales beaucoup plus que techniques: apprendre à apprendre, à traiter l’information, à porter des jugements critiques et à développer sa créativité. L’éducation pour une réelle appropriation technologique constitue donc une des premières priorités.
De plus, le renouvellement rapide des connaissances et technologies oblige désormais des aller-retour constants entre l’éducation et le travail. L’inforoute nous ouvre à cet égard tout un univers de possibilité quant à l’information et à l’acquisition continue des connaissances.
L’Institut propose donc que l’État soutienne et encourage la création d’un partenariat entre les institutions d’enseignement, Télé-Québec et les réseaux d’éducation non formelle en vue de la création d’un réseau intégré de formation à distance multimédia et inter-ordre d’enseignement.

Le défi des contenus

La guerre pour le contrôle des contenus et des marchés a pris des proportions inégalées avec la convergence technologique et le processus généralisé de déréglementation. Au tournant du siècle, une dizaine d’entreprises mondiales pourraient contrôler l’ensemble des informations et connaissances de la planète. Le Québec devrait diversifier ses stratégies et miser sur les initiatives tant publiques et communautaires que privées pour promouvoir le pluralisme et le développement de contenus à haute «valeur ajoutée».

Il faudrait plus concrètement :

  • s’attaquer à la numérisation des oeuvres au patrimoine culturel (au sens large) pour les rendre accessibles sur l’inforoute.
  • encourager les diverses communautés régionales et locales ainsi que les diverses associations de la société civile à occuper l’espace, à alimenter les inforoutes et à participer aux échanges d’informations et à la réflexion collective.

La bataille contre l’imposition d’une langue véhiculaire unique concerne l’ensemble des peuples. Nous avons donc intérêt à développer des projets en collaboration avec d’autres pays en commençant par ceux de la francophonie. Il faudrait apporter une aide à la traduction de contenus et favoriser le développement de logiciels et d’outils en français.

Le rôle de l’État

Pour que l’immense potentiel des inforoutes soit harnaché et maîtrisé dans l’intérêt de la société et de l’ensemble des citoyens, il faut que l’État québécois se dote d’une politique globale en la matière. Tout en s’appuyant sur le dynamisme du secteur privé, l’État doit aussi soutenir les initiatives des organismes oeuvrant dans le secteur de l’économie sociale. L’ICEA invite donc le gouvernement à dépasser la conception étroite visant à restreindre son rôle à celui d’utilisateur modèle, pour embrasser l’ensemble des défis que comportent le déploiement de la société de l’information et du savoir.

 

 

 

Introduction

Mémoire déposé par l’Institut canadien d’éducation des adultes  à la Commission de la Culture sur les Enjeux du développement de l’inforoute québécoise, Préparé par Francine Pelletier et Lina Trudel, le 13 septembre 1996

L’organisation de la vie en société en l’an 2000 sera fortement structurée par le développement des nouvelles technologies de l’information et des communications ainsi que par le déploiement des inforoutes. Cette révolution technologique amorcée depuis presque deux décennies a déjà considérablement transformée le monde du travail et contribué à faire faire à la science des progrès exponentiels (les connaissances se renouvellent au dix ans). Elle a aussi eu pour effet de transformer le mythe du village global en une réalité concrète. À titre de citoyen, de travailleur, de consommateur, nous avons été en mesure d’apprécier l’immense potentiel de ces technologies en ce qui a trait notamment aux communications, à l’aide à la gestion, à la rédaction, à la recherche et à la création. Nous avons été en mesure aussi d’en mesurer les limites et les dangers. Bien qu’étant des outils très puissants, ils ne pourront jamais remplacer ni le talent, ni la créativité, ni la connaissance. L’intérêt de ces outils réside dans la qualité des contenus qui circuleront sur l’inforoute et dans le type d’usages qu’on en fait, soit pour améliorer l’égalité des chances, la qualité de la vie et la démocratie pour tous, ou soit, au contraire, pour encourager la seule compétitivité et performance des entreprises.

La révolution technologique conjuguée à la mondialisation des marchés, a contribué jusqu’à présent à faire perdre beaucoup plus d’emplois qu’elle n’en a créé. Le phénomène de l’exclusion économique et sociale qui en a découlé et qui touche un nombre croissant de personnes menace les équilibres sociaux et handicape très lourdement l’avenir de nos sociétés. Les avantages du progrès technologique sont, à ce jour, fort inéquitablement partagées et leur potentiel largement détourné à des fins soit mercantiles ou de contrôle social.

Ce sont ces enjeux qui semblent avoir été à l’origine de cette consultation parlementaire et nous sommes particulièrement heureux d’y participer et de contribuer, dans la mesure de nos moyens, à éclairer les choix importants de société qui en découleront.

Nous avons donc choisi de répondre principalement aux questions relatives à l’accessibilité, à l’éducation, et à la culture, et de les traiter sous l’angle de la démocratisation de l’égalité des chances, de l’accès au savoir et aux processus de décisions politiques.

 

1. L’accessibilité au centre des enjeux

Dans nos sociétés où l’accès aux savoirs devient le principal facteur de croissance et de réussite sociale, il est certain que les individus et les organismes qui pourront accéder et maîtriser les nouvelles technologies de l’information et des communications jouiront d’avantages considérables.

«L’accès à l’autoroute de l’information peut s’avérer être, non pas uniquement une question de privilège ou de position dans la société, mais bien une habileté fondamentale pour fonctionner dans une société démocratique. Il peut devenir le facteur déterminant le niveau d’éducation des personnes, le type d’emploi qu’elles pourront occuper, la formation qu’elles seront susceptibles de recevoir si elles perdent leur emploi, et [le facteur déterminant] la capacité des individus d’accéder à l’information gouvernementale ou aux débats sociaux fondamentaux les affectant.»1

La question de l’accessibilité se retrouve donc au coeur des enjeux. L’universalité d’accès à coût abordable pour tous les citoyens, au même titre que pour le téléphone ou l’électricité, s’avère une première condition incontournable permettant le partage des retombées du progrès technologiques. À cet égard, tous les pays industrialisés s’entendent sur la nécessité d’assurer un accès universel à tous les citoyens.

Cette question porte cependant une triple injonction: en plus d’assurer l’accès aux équipements, il importe aussi de garantir l’accès aux services non seulement à titre de consommateur mais aussi à titre de producteur et de diffuseur de contenus.

Les études réalisées aux États-Unis et ici révèlent que l’accès à l’inforoute est actuellement l’apanage des gens instruits disposant d’un haut revenu. Au Canada, parmi les 25% de foyers disposant d’un micro-ordinateur, seulement le quart d’entre eux possèdent un modem, et ceux-ci ont un revenu moyen de 60,000 $. Au Québec, l’étude récente du Réseau inter-ordinateurs scientifiques québécois (RISQ) indique que 85% des internautes québécois sont des hommes dont 35% dispose d’un revenu familial de 60,000 $. De plus, ils auraient effectué des études universitaires dans une proportion de 56% et les deux-tiers d’entre eux habiteraient Montréal ou Québec.

L’accès aux équipements, bien qu’important, ne constituera pas le principal obstacle, car les entreprises ont intérêt à élargir cet accès afin de commercialiser leurs produits. Le danger réside davantage dans la création de deux types d’inforoute: une pour les mieux nantis via le micro-ordinateur offrant toutes les possibilités de communication interactive, et une autre pour la population en général via la télévision et qui sera axée surtout sur la consommation et le divertissement.

Entre le partage ou la privatisation du savoir

C’est en regard de l’accès aux contenus et aux sites les plus pertinents, au chapitre de l’information et des savoirs utiles au travail, aux études et à la prise de décisions que les clivages les plus importants vont se produire. À cet égard, trois phénomènes nous apparaissent inquiétants: la multiplication des sites à valeur ajoutée payants, l’émergence des micro-transactions et la concentration croissante des fournisseurs de contenus et d’accès à l’inforoute.

Les sites à «valeur ajoutée» – où l’information peut être archivée, traitée, analysée et organisée- deviennent de plus en plus payants et ce, à des coûts prohibitifs pour les individus et les organisations à revenus modestes. Ainsi, de nombreux sites à «valeur ajoutée» accessibles via Internet exigent désormais des frais d’abonnements allant de 7 à 25 $ US par mois s’y ajoutant en sus une facturation à la page ou au document consulté ou au paragraphe imprimé.2 Au Québec, l’entreprise Cedrom-SNI, qui a bénéficié du soutien du Fonds de l’autoroute de l’information, impute des frais d’inscription de 50 $ et exige 10 $ par mois pour l’accès à ses services, des frais mensuels pouvant atteindre 25 $ par mois s’ajoutent ensuite pour la consultation de différents journaux, 25 $ supplémentaires sont nécessaires pour accéder aux services d’information économique et finalement, des frais supplémentaires sont facturés pour les recherches et l’impression de documents.

À cet égard, Bill Gates, dont on ne peut ignorer les visées, ne rêve-t-il pas d’une autoroute où les postes de péages se multiplieraient et o