Avant-projet de la Plateforme québécoise de l’Internet citoyen. Ce projet de plateforme se veut rassembleur et mobilisateur. Il se situe dans la foulée d’un vaste mouvement qui mobilise la société civile à travers le monde afin que les TIC soient mises à contribution pour bâtir une société du savoir démocratique et décentralisée.

Présentation

En mai 2001, Communautique réalisait une série de trois rencontres à Montréal, Québec et Trois-Rivières, afin de diffuser et soumettre à la discussion les résultats d’une vaste enquête menée auprès de plus de 450 groupes communautaires à travers le Québec. L’objet de cette enquête : faire le point sur l’état de l’appropriation des technologies de l’information et de la communication par les groupes communautaires. Le titre du rapport d’enquête : Le monde communautaire et Internet : défis, obstacles et espoirs.

Ces trois rencontres ont permis à certains de découvrir de nouvelles expériences d’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) par le milieu communautaire; d’autres ont pu faire part des difficultés rencontrées, des enjeux et des moyens à mettre en place pour faciliter le développement de nouvelles pratiques et d’une appropriation plus large des TIC. Les discussions de mai 2001 se sont conclues notamment sur l’idée de se doter d’une plateforme qui rassemblerait les principaux enjeux et les conditions nécessaires au développement de l’Internet citoyen, social ou communautaire au Québec.

Ces conclusions ont guidé Communautique et l’ont conduit à tracer un avant-projet d’une telle plateforme. Ce projet de plateforme se veut rassembleur et mobilisateur. Il se situe dans la foulée d’un vaste mouvement qui mobilise la société civile à travers le monde afin que les TIC soient mises à contribution pour bâtir une société du savoir démocratique et décentralisée. Le développement économique et social de cette société serait marqué par la participation, la diversité, la solidarité et l’innovation.

L’intention est de produire un outil qui définira l’Internet citoyen, les enjeux liés à son développement et les conditions qui lui sont nécessaires. Ce projet souhaite répondre à la volonté exprimée et faire progresser la reconnaissance des efforts déployés à travers le Québec afin de développer un autre Internet, un Internet qui contribuera à renforcer l’exercice de la citoyenneté, qui participera à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

Pour cela, ce projet de plateforme sera diffusé le plus largement possible et soumis à la discussion. Nous invitons tous les acteurs concernés par cet enjeu à participer aux discussions, à enrichir le projet qui, fort de ces appuis et de ces contributions, servira de levier à la reconnaissance de l’Internet citoyen au Québec et des acteurs de son développement.

Le développement de l’Internet citoyen au Québec: Un état de situation

L’introduction rapide des technologies de l’information et de la communication (TIC) interpelle fortement l’ensemble des groupes communautaires et d’économie sociale au Québec. Un nouveau défi se présente, à la mesure de leur inventivité et de leur détermination, soit de s’approprier les TIC pour en faire des outils de participation communautaire, sociale ou citoyenne, rassembleurs et surtout, accessibles à toutes et à tous.

La fracture numérique au Québec

Les données publiées en janvier 2002 démontraient la persistance d’un développement très inégal de l’accès aux TIC. Les populations les moins branchées sont, plus que jamais, celles à faibles revenus, les moins scolarisées, les plus âgées. Des écarts subsistent toujours entre hommes et femmes et, entre populations rurale et urbaine.

Données sur l’accès au Québec

  • 33 % des ménages québécois sont branchés

Branchement à Internet selon diverses caractéristiques

Revenu

  • 14,2 % des ménages ayant un revenu de moins de 22 446 $
  • 27,9 % des ménages ayant un revenu de 22 447 $ à 39 999 $
  • 43,8 % des ménages ayant un revenu de 40 000 $ à 64 999 $
  • 63 % des ménages ayant un revenu de 65 000 $ et plus

Scolarité du chef de ménage

  • 61 % diplôme universitaire
  • 12,8 % ét. secondaires non terminées

Sexe du chef de ménage

  • 20 % fém. (dont une part importante de ménages monoparentaux)
  • 38 % masc.

Branchement des ménages avec ou sans enfant

  • Avec enfant : 53 %
  • Sans enfant : 24 %

Âge du chef de ménage

  • 65 ans et plus : 8,4 %
  • moins de 35 ans : 41 %

Internet au quotidien

Quotidiennement, les groupes communautaires reçoivent des personnes confrontées à de plus en plus de situations marquées par l’introduction de l’informatique et d’Internet : en tant que parents qui veulent participer à l’éducation de leurs enfants qui, dès leurs premières années à l’école, apprivoisent l’informatique et Internet; en tant qu’employés ou personnes à la recherche d’emploi dans un monde du travail où une connaissance minimale de l’informatique devient la norme dans pratiquement tous les secteurs d’emploi; en tant que citoyennes ou citoyens constamment référés à des adresses électroniques ou à des sites Web pour obtenir de l’information, accéder à un service ou exprimer une opinion; en tant que consommateurs confrontés aux guichets automatiques et aux modes de paiement automatisés à l’épicerie ou ailleurs.

Rien d’étonnant alors à ce que les groupes qui rejoignent ces populations se voient régulièrement interpellés pour offrir l’accès à ces nouveaux outils de plus en plus incontournables.

Les interventions publiques

Les deux gouvernements, à Québec et à Ottawa, ont réalisé différents programmes visant à soutenir l’introduction des nouvelles technologies. Au Québec, le Fonds de l’autoroute de l’information a soutenu des projets liés aux grands axes de la politique québécoise de l’inforoute, dont quelques projets issus du monde communautaire. En 2000-2001, reconnaissant les risques de fracture numérique, le gouvernement a réalisé un programme visant à brancher les familles. De plus, divers ministères participent, à des hauteurs et à des degrés très divers, à l’informatisation ou à l’entrée des groupes sur les inforoutes. Le gouvernement canadien dans le cadre de sa stratégie, Un Canada branché, a réalisé un ensemble de programmes. Par exemple, VolNet a fourni équipement, branchement et formation à plus de 11 000 organismes sans buts lucratifs, le Programme d’accès communautaire qui soutient la création de centres d’accès communautaires et les programmes du Bureau des technologies d’apprentissage.

Par ailleurs, aux deux paliers de gouvernements, à Ottawa et à Québec, des efforts gigantesques sont déployés et près d’un milliard de dollars sont dépensés pour développer les inforoutes gouvernementales. Or, nous l’avons vu, les données les plus récentes démontrent qu’en l’absence de mesures adéquates pour favoriser l’accès, notamment en matière d’éducation aux technologies, de larges pans de la population risquent de se voir écartés de ces nouveaux modes d’information et de consultations publiques en émergence.

De plus, les actions gouvernementales dans le secteur des nouvelles technologies reposent surtout sur des visées économiques et industrielles voulant positionner le Canada et le Québec sur l’échiquier international. On mise d’abord sur l’entreprise privée et une panoplie de programmes et de mesures fiscales ont été mis en place à cette fin.

Or, la voie privilégiée pour faciliter l’accès des populations les moins nanties à l’autoroute de l’information est l’intégration de lieux d’accès dans le réseau public (bibliothèques, écoles, etc.), mais aussi là où se trouvent les ressources où l’on saura en faire des outils d’apprentissage, de participation, de création et d’expression, là où l’on trouvera une approche adaptée à leurs besoins et à leurs réalités, soit dans les organismes communautaires et d’économie sociale.

Tout un monde de nouvelles initiatives!

Devant ce potentiel et ces risques, les organismes du Québec ne sont pas restés inactifs. On trouve ainsi au Québec tout un monde de nouvelles initiatives qui s’intègrent dans un vaste mouvement mondial constitué d’associations et de groupes de citoyens pour lesquels les nouvelles technologies sont mises à contribution pour créer de nouvelles solidarités, pour penser de nouvelles façons d’agir et faciliter la participation citoyenne.

Lors de l’enquête de Communautique, 62 % des répondants ont indiqué qu’ils souhaitaient développer un point d’accès public. Dans certaines régions, ce désir est exprimé par 72 à 79 % des répondants (Saguenay-Lac Saint-Jean, Mauricie et Bas-Saint-Laurent). De plus, 40 % des répondants affirment mettre leur équipement à la disposition des personnes qu’ils rejoignent.

Quelques exemples

En éducation populaire et en alphabétisation populaire, Internet est devenu un outil privilégié. Les participantes et participants, en apprivoisant ce nouveau mode de communication, acquièrent une fierté, qui constitue le meilleur levier pour contrer l’exclusion et leur ouvrir de nouvelles perspectives. Internet et le courrier électronique sont devenus des outils intégrés aux ateliers et aux activités offertes.

Avec les jeunes, l’utilisation d’Internet permet de proposer des projets rassembleurs qui favorisent la réalisation de projets concrets de création dans un cadre collectif. De plus, Internet permet d’ajouter une dimension internationale, de mettre en contact des jeunes de divers pays qui, à travers ces projets, découvrent leurs réalités respectives, leurs préoccupations et les intérêts qu’ils partagent.

Les ressources documentaires constituées au fil des ans pour soutenir les groupes que ce soit pour la recherche, l’éducation, l’animation ou la représentation, deviennent maintenant plus accessibles hors des contraintes géographiques.

Les réseaux de femmes ont constitué des réseaux dynamiques qui permettent de diffuser des dossiers étoffés, de partager les ressources, de s’entraider, de proposer des moyens d’action où les TIC occupent une place centrale et permettent de coordonner des actions tant à l’échelle locale qu’à travers le monde.

Les projets d’accès public au sein des groupes communautaires ont contribué à créer de nouveaux outils d’action communautaire et d’éducation populaire. Ils deviennent des lieux rassembleurs qui suscitent la participation à la vie associative. Plusieurs de ces projets sont intégrés à des stratégies de développement local et contribuent à la création de réseaux d’organismes qui joignent ainsi leurs efforts pour soutenir la création d’emploi, permettre à la population locale l’accès à des compétences et à des services autrement inaccessibles.

L’émergence d’un nouveau secteur

L’arrivée des TIC a favorisé la création d’un nombre important d’organismes sans buts lucratifs, d’entreprises d’économie sociale et de coopératives qui œuvrent dans ce champ.

Ces associations interviennent sur plusieurs plans : soutien technique, soutien au développement informatique et des réseaux locaux, recherche et développement, création et mise à jour de sites Web, développement d’applications ou de bases de données, formation, recyclage ou assemblage d’ordinateurs, accès à Internet, analyse et réflexion sur les enjeux, accès public, animation et initiation de la population, etc.

Certains de ces organismes interviennent en tant que ressource technique pour permettre l’intégration et l’utilisation des TIC par le mouvement associatif et d’économie sociale. D’autres agissent plus particulièrement au niveau local comme centre d’accès communautaire à Internet ou, de façon sectorielle en travaillant avec des groupes ciblés. D’autres encore, interviennent au niveau régional, en offrant, par exemple, des services de fournisseur d’accès à Internet.

Les embûches à l’appropriation

Le casse-tête des équipements

Or, la réalité informatique et télématique des organismes communautaires pose des défis majeurs à bon nombre d’entre eux. Si une très forte majorité ( 94 % ) des répondants à l’enquête réalisée par Communautique possède au moins un ordinateur, il s’avère que 15 % n’en possèdent qu’un seul, un Pentium, ce qui indiquerait une informatisation récente. Certains doi