À propos de l’étude de besoins

La réalisation de cette étude de besoins a été rendue possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications et du ministère de l’Éducation du Québec.

Nous désirons remercier Télé-Québec et tout particulièrement, Gérald Bourbeau et Pierre Jacob du Service de la recherche et de la planification, pour leur contribution essentielle à toutes les étapes de cette étude de besoins. Internet Montréal a également contribué au projet en offrant gracieusement l’accès à Internet pour les ateliers de familiarisation et en collaborant à l’installation de la connexion.

Nous remercions chaleureusement tous les organismes qui ont participé à cette étude et qui ont contribué à diffuser le questionnaire.

L’équipe de l’étude de besoins

  • Gérald Bourbeau, Télé-Québec
  • Roger Charbonneau, Puce communautaire
  • Pierre Jacob, Télé-Québec
  • Francine Pelletier, ICEA
  • Louise St-Jacques, Puce communautaire
  • Lina Trudel, ICEA

Traitement des données : Pierre Jacob et Roger Charbonneau
Saisie des données : Diane Poupart
Coordination : Francine Pelletier, Lina Trudel, Louise St-Jacques
Analyse, rédaction du rapport et mise en page : Francine Pelletier
Animation des journées de familiarisation et de réflexion : Roger Charbonneau et Gérald Bourbeau

Institut d’éducation des adultes
5225, rue Berri, bureau 300
Montréal, Québec, H2J 2S4

La Puce communautaire
2379, rue Jeanne d’Arc
Montréal, Québec, H1W 1V8

Dépôt légal : Mars 1997
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
ISBN 2-89108-028-9

Tous les droits d’adaptation, de traduction et de reproduction sont réservés pour tous les pays.

© Institut canadien d’éducation des adultes

 

Introduction

Le mouvement communautaire québécois est vaste et diversifié. Le Québec compte plusieurs milliers d’organismes communautaires dispersés sur l’ensemble de son territoire. Les organismes ont, depuis fort longtemps, ressenti le besoin de communiquer, d’échanger et de diffuser des informations sous diverses formes: rencontres, journal, bulletin, banderolles, affiches, dépliants, télécopieur, babillard électronique, etc. Freiné dans son expression et face au silence des médias traditionnels à son égard, le milieu communautaire a développé, au fil des ans, des moyens de communication et d’information «alternatifs»: journaux, radios ou télévisions communautaires.

La notion de réseau (d’interactions, de concertation, d’information ou de communication) est déjà éminemment présente dans ce milieu. Les groupes de base ont, par exemple, de multiples affiliations: ils peuvent être à la fois membres d’un regroupement provincial sectoriel (jeunes, femmes, alphabétisation, coopération internationale, employabilité, etc.), d’une table de concertation de quartier, d’un regroupement intersectoriel régional, d’un regroupement intersectoriel provin-cial, ou de coalitions, etc.

Les interactions entre les différents réseaux naturels de communication empruntent diverses voies et rayonnent dans toutes les directions. Les groupes de base et les regroupements interagissent ainsi sur de multiples plans et sur de multiples terrains, tissant une véritable toile multidimensionnelle où chaque groupe constitue les différents «noeuds» de ce vaste réseau. Il est donc apparu tout naturel d’emprunter la voie électronique pour les relier, d’autant plus que la télématique nous en fournit aujourd’hui les moyens et qu’elle permet d’échapper aux limites de la distance.

En effet, force est de constater que les inforoutes recèlent un potentiel immense. Par leur caractère interactif, elles se révèlent être un outil qui permettrait de combler des besoins de communication, d’éducation, de concertation, de diffusion et d’échange d’informations entre les individus et les organismes communautaires. Cependant, dans la nouvelle société de l’information, les risques sont grands de voir ce potentiel servir à des fins essentiellement mercantiles et économiques, ce qui n’aurait pour effet que d’accentuer la déchirure du tissu social et les risques d’exclusion. C’est pourquoi, il est nécessaire d’agir pour que les retombées du progrès technologique profitent à l’ensemble de la collectivité. À cet égard, les organismes communautaires ont un rôle essentiel à jouer pour favoriser une plus grande appropriation sociale de ces nouvelles technologies. Le projet «Communautique» s’inscrit dans cette perspective.

Une première étape dans la réalisation d’un projet d’une telle envergure consistait à mener une étude de besoins visant à répondre aux questions suivantes: les organismes sont-ils prêts à investir les inforoutes? Disposent-ils des équipements nécessaires? Quels obstacles et limites devront-ils surmonter? Quels acquis ont-ils tiré du processus d’informatisation? Comment veulent-ils s’approprier ces nouveaux outils et à quelles fins? À quoi ressembleraient les espaces ou les réseaux communautaires souhaités et quels services devraient-ils offrir?

Pour obtenir les réponses à ces questions, nous avons privilégié deux moyens: un questionnaire distribué aux groupes et la tenue de trois journées de familiarisation et de réflexion.

Ce rapport présente donc une synthèse des résultats de cette étude suivant trois axes principaux: les enjeux identifiés, les conditions à réunir pour s’approprier ces technologies et, finalement, le potentiel, les pistes d’action et les stratégies à envisager. Il trace un portrait de l’état de l’informatisation et de l’intérêt pour les nouvelles technologies manifesté par les groupes communautaires oeuvrant auprès des femmes, des jeunes, en développement local ou régional, en insertion sociale et professionnelle, en éducation et alphabétisation populaires, en défense des droits, en coopération internationale.

Nous espérons que les résultats de cette étude, unique en son genre, sauront contribuer à stimuler l’action des différents intervenants afin que les organismes communautaires et les populations potentiellement exclus des inforoutes puissent se les approprier véritablement. Nous souhaitons que les organismes se saisissent de ce rapport, investissent les inforoutes, créent des espaces qui leur ressemblent et s’approprient ces outils que sont les réseaux électroniques. Développer des usages sociaux et démocratiques axés sur le partage et la solidarité: tel est le défi à relever.

 

 

1. Communautique

Le projet vise à rassembler, dans une communauté «réseautique», les organismes communautaires oeuvrant dans les domaines de l’éducation et de la formation continue, dans une perspective de développement de la vie démocratique et de l’économie sociale, tant dans les centres urbains qu’en région.

Le terme « Communautique » provient de l’amalgame des mots: communauté, communautaire, communication, informatique, télématique, réseautique. Il se veut le reflet d’une intention: créer un espace d’appropriation sociale et démocratique des nouvelles technologies, un lieu d’échange et de communication, une agora pour les groupes communautaires et populaires, de même que pour les citoyens dans les nouveaux espaces virtuels que sont les réseaux télématiques.

Mission

« Communautique » propose de :

Créer un espace télématique communautaire francophone où les organisations de citoyens, les organismes communautaires et populaires, de même que les citoyennes et citoyens, pourront se rencontrer, communiquer, échanger, s’informer, se former et s’approprier les nouvelle technologies de l’information et des communications (NTIC) en les expérimentant. Soutenir et animer la communauté dans son appropriation des NTIC par l’éducation, la formation, la sensibilisation, le soutien technique et l’utilisation d’interfaces conviviales.

Participer au développement d’une culture technologiqueporteuse de valeurs sociales démocratiques et communautaires, et permettre aux utilisatrices et aux utilisateurs de s’investir dans des voies créatrices de liens sociaux transformés.

Participer à la création d’un vaste réseau de communication et d’échange permettant de relier les communautés et les régions.

Contrer le processus de dualisation et d’exclusion sociale et technologique.

Objectifs

Par le développement de services de soutien, de formation et d’animation à la télématique, ainsi que par l’élaboration de contenus francophones axés sur l’éducation de même que le développement communautaire local et régional, nous voulons:

  • favoriser l’accès à la télématique, faciliter la communication et la collaboration entre des organisations de la société civile, et multiplier les sources d’information accessibles à ces associations et aux citoyennes et citoyens moins bien nantis ou potentiellement exclus des inforoutes;
  • promouvoir le développement et la circulation de contenus québécois et francophones sur les réseaux électroniques;
  • créer des liens et des groupes de discussion avec des réseaux communautaires canadiens et internationaux, particulièrement avec les réseaux francophones qui partagent les mêmes intérêts;
  • favoriser les relations entre les citoyens, les institutions publiques et les organisations de la société civile en offrant un éventail d’activités de support, d’animation, de formation et d’appropriation qui :
    • soutiendront les organismes dans leur expérimentation des nouvelles technologies en les assistant autant sur les plans techniques, logistiques que pédagogiques;
    • animeront la communauté dans le but de stimuler l’utilisation des NTIC, la production et la mise en circulation de contenus, de même que le partage des informations, des réalisations et des productions des organisations de la société civile.

 

2. Objectifs et déroulement de l’étude de besoins

Nous souhaitions que la démarche suivie pour mener l’étude de besoins reflète la démarche même d’appropriation du projet Communautique. Cette étude, visait non seulement à recueillir des données, mais également à permettre à ceux et celles qui y participeraient d’apprendre, de s’initier aux utilisations possibles des réseaux électroniques et d’amorcer une démarche d’appropriation, soit en répondant au questionnaire, soit en participant aux journées de familiarisation et de réflexion.

Objectifs

De façon plus spécifique, l’étude visait à dresser un portrait des équipements, des divers types d’utilisations ainsi que celui des utilisateurs de l’informatique; à identifier les conditions nécessaires à l’appropriation de l’informatique et de la télématique; à connaître les utilisations actuelles ou souhaitées des réseaux télématiques.

Un questionnaire distribué à plus de 600 organismes

Le processus d’enquête s’est déroulé de mai à septembre. Plus de 600 questionnaires ont été distribués à travers différents réseaux: groupes de femmes, de jeunes, de défense des droits, d’employabilité, d’alphabétisation et d’éducation populaires, de formation en milieu populaire, de coopération internationale, de développement local ou des collectivités, etc.

Nous voulions, non seulement dresser le portrait des réseaux de communication et du parc informatique, mais aussi connaître les perceptions et les attitudes des utilisateurs face à l’informatique: il s’agissait de dresser le bilan de leurs expériences des phases antérieures d’informatisation.

Postulant que les organismes avaient eu, à ce jour, peu de contact avec les réseaux télématiques, nous leur avons présenté des scénarios possibles d’utilisation et demandé qu’ils se prononcent à leur sujet. Ces scénarios ont aussi permis de structurer les ateliers de familiarisation.

Trois journées de familiarisation et de réflexion

Trois journées de familiarisation et de réflexion ont été organisées et se sont tenues au mois de juin dernier. Trente-deux organismes et regroupements y ont participé. Près de la moitié des participants et participantes à ces journées avait déjà expérimenté la télématique. Un quatrième atelier de familiarisation a été offert, en octobre, pour répondre à la demande.

La majorité des organismes présents lors de ces journées provenaient de la région de Montréal; des groupes venant des régions des Bois-Francs, de la Mauricie, de Brome-Mississiquoi et de Québec y ont également participé. Les organismes étaient issus de différents secteurs d’intervention: culture, développement local, concertation locale, intégration sociale et professionnelle, intervenant auprès des jeunes travailleurs, ou dans les domaines de la défense des droits, de l’éducation et de l’alphabétisation populaires, de la coopération internationale, etc.

Chacune des journées a eu sa « couleur » particulière. Des dynamiques spécifiques sont nées de la rencontre des différents participants et participantes, ce qui a permis de mettre en lumière des stratégies d’appropriation et des besoins diversifiés. Les participants et participantes à l’une de ces journées ont été littéralement emballés par le potentiel offert par Internet; plusieurs envisageaient même s’y abonner au sortir de la rencontre. D’autres étaient plus particulièrement préoccupés par les risques d’exclusion sociale d’une grande partie de la population et par la nécessité de développer des outils collant aux valeurs et aux principes portés par les groupes. D’autres encore étaient particulièrement soucieux de trouver des utilisations quotidiennes des NTIC qui leur permettent d’améliorer l’efficacité de leur travail d’intervention. Ils étaient aussi particulièrement sensibles à la nécessité de rendre ces nouveaux outils accessibles aux gens qui utilisent leurs services et fréquentent leurs organismes. Tous les participants et participantes, même les plus expérimentés, nous ont indiqué avoir appris beaucoup.

Des journées en deux temps : familiarisation et réflexion

Les trois journées se sont déroulées de façon identique: en avant-midi, un atelier de familiarisation à Internet, et en après-midi, une discussion sur les enjeux, les obstacles, les ressources, la pertinence des outils et les pistes d’action.

La période de familiarisation servait à présenter les fondements de la télématique, à offrir quelques exemples de réseaux «alternatifs» communautaires, à suggérer des stratégies et à expérimenter des utilisations adaptées à la réalité du milieu communautaire. Les participantes et les participants ont été initiés à l’utilisation du courrier électronique. Ils ont pu s’exercer à expédier des messages individuels ou en lot, à la transmission de fichiers, etc. Puis, suivait l’initiation à la navigation sur le World Wide Web. Après avoir fait l’apprentissage de quelques commandes de base, les participants, munis d’une liste de sites, étaient libres de fureter à leur guise.

L’après-midi de réflexion se déroulait en quatre étapes: d’abord, des réactions personnelles liées aux expériences informatiques et télématiques antérieures; puis, une évaluation de la pertinence des outils en regard du travail des organismes; ensuite, l’identification des difficultés et des obstacles anticipés quant à l’appropriation des NTIC; et, finalement, une réflexion sur les enjeux, les moyens et les pistes d’action. Chaque personne était invitée à livrer librement ses opinions et ses perceptions; il ne s’agissait pas d’en arriver à des positions communes ou d’établir des consensus.

 

3. Synthèse des résultats

La participation des organismes

82 répondant-e-s et 32 participant-e-s

Quatre-vingt deux questionnaires ont été compilés et analysés lors du processus d’enquête1. Trente-deux groupes de base et regroupements ont participé aux journées de familiarisation et de réflexion. Une vingtaine d’organismes supplémentaires ont été rejoints, au mois d’août dernier, lors de la présentation et de la discussion des résultats préliminaires à l’Université populaire d’été, organisée par le Centre de formation populaire.

Compte tenu du grand nombre d’organismes communautaires et populaires oeuvrant dans les domaine de l’éducation, de la citoyenneté et du développement local et régional, nous aurions souhaité poursuivre la démarche pour augmenter le nombre de groupes rejoints et affiner nos résultats. En effet, peu d’organismes non informatisés ont répondu au questionnaire. La seule analyse des résultats du questionnaire pourrait ainsi se révéler trompeuse et brosser un tableau plutôt positif de l’état d’informatisation des organismes, d’autant plus que les divers intervenants nous ont indiqué qu’il existe encore une forte proportion de groupes ne disposant pas d’équipements informatiques ou même de télécopieurs.

Nos résultats fournissent toutefois de bons indicateurs des conditions dans lesquelles s’inscrivent l’implantation et l’appropriation des nouvelles technologies; ils brossent un portrait des besoins, des intérêts, des obstacles, des acquis tirés du processus d’informatisation, des préoccupations et souhaits quant à l’utilisation éventuelle de la télématique et des nouvelles technologies de l’information et des communications.

Ce document puisera, tout au long du texte, à nos nombreuses sources d’information: les questionnaires, les journées de familiarisation et de réflexion, les multiples conversations avec les différents organismes, les commentaires recueillis lors de l’Université populaire d’été du Centre de formation populaire (CFP). Ces sources seront, par conséquent, constamment réinvesties pour éclairer les constats, les conditions nécessaires à une véritable appropriation des NTIC, de même que les stratégies et moyens d’action envisagés. Ces différentes sources se complètent l’une l’autre: elles permettent soit d’expliquer les résultats, soit de les nuancer, ou encore, de les confirmer. Toujours, elles enrichissent notre compréhension et précisent notre portrait.

Pour faciliter le repérage de ces différentes sources, nous utiliserons une terminologie distincte. Ainsi, lorsque nous traiterons des résultats de l’enquête, nous emploierons le terme «répondant»; lorsque nous rapporterons les résultats des journées de familiarisation et de l’Université d’été, nous parlerons de « participants ».

Enjeux identifiés

Se brancher pour éviter d’être exclus

L’accès aux NTIC et la présence des organismes communautaires sur l’inforoute sont perçus comme une nécessité. Au départ, les participant-e-s redoutent énormément l’exclusion que les inforoutes risquent d’engendrer, autant pour une partie importante de la population que pour les groupes communautaires eux-mêmes. Selon eux, les personnes et les groupes les plus pauvres risquent d’être les principales victimes de l’autoroute de l’information; ils craignent d’être marginalisés et mis à l’écart de la société.

S’approprier l’espace pour s’informer, communiquer et diffuser

Les participant-e-s trouvent essentiel d’investir ce nouvel espace pour briser le mur du silence des médias traditionnels, et pour favoriser un réel partage des connaissances et des savoirs. On craint, à cet égard, une tendance à la privatisation et à la marchandisation de l’information et des savoirs, ce qui contribuerait à approfondir encore davantage les inégalités sociales et l’exclusion.

Les participant-e-s estiment que leur présence sur les réseaux électroniques leur permettrait d’accroître leur crédibilité; ils pourront ainsi se rendre davantage visibles et faire valoir l’importance de leur travail.

De plus, les participant-e-s considèrent que le contexte actuel rend plus que jamais nécessaire l’utilisation d’outils pouvant soutenir la communication et les échanges entre les organismes provenant des différentes régions du Québec.

Résister à l’urgence et à la vitesse accrue

Les participant-e-s ont souligné à de multiples reprises les pressions accrues qui s’exercent sur eux: surcharge de travail, manque de temps, vitesse accrue, temps de réaction et de réflexion réduits. Les technologies de communication – téléphone et télécopieur – auraient, selon eux, grandement amplifié ce phénomène. Bien qu’ayant l’impression qu’ils peuvent avoir plus de contrôle sur leur courrier électronique que sur le télécopieur, les participant-e-s n’en réclame pas moins le droit de ne céder ni à l’urgence, ni à la vitesse. On souhaite résister à l’éphémère, à l’instantanéité; on désire du temps pour maintenir la qualité de la réflexion. Identifier ses droits en regard des nouvelles technologies apparaît comme une nouvelle préoccupation.

Un horizon de changements et de transformations

Forts de leurs expériences passées avec l’informatique, de nombreux participant-e-s ont souligné qu’Internet et l’utilisation des réseaux électroniques risquent de changer et de modifier à nouveau les habitudes et les façons de travailler. Du temps sera libéré sur certaines tâches, mais de nouvelles s’ajouteront, tout comme cela s’est produit avec l’arrivée de l’informatique. Ce temps libéré sera affecté à ces nouvelles tâches, qu’il s’agisse de répondre au courrier électronique, de fureter en quête d’informations, ou de mettre à jour les informations diffusées.

Un nouvel outil qui doit refléter les valeurs et les principes du milieu communautaire

Internet ou les NTIC sont davantage perçus comme des instruments qui viennent s’ajouter à la panoplie des outils utilisés dans le travail quotidien. Compte tenu de la nature de leur action, les participant-e-s insistent particulièrement sur l’importance de maintenir des contacts humains et des relations interpersonnelles fortes, autant dans leurs interventions quotidiennes que dans le travail de «réseautage» et de concertation. Pour eux, il s’agit d’abord de briser l’isolement, non de le renforcer. Il importe de tisser de véritables réseaux de solidarité et de justice sociales, de se relier au reste du monde, de créer de nouveaux partenariats, de s’entraider, de s’enrichir des expériences des autres.

L’essentiel : des contenus fiables, pertinents et de qualité

Les participant-e-s sont, en outre, fort préoccupés par la qualité et la fiabilité de l’information que l’on trouve sur Internet. La pertinence des contenus leur apparaît plus importante que la multiplication des sites. Plusieurs ont déjà vu de belles vitrines sans contenu derrière. Parallèlement, on craint d’être encore davantage submergé d’informations. «Trop d’informations, c’est aussi néfaste que pas assez.»

C’est pourquoi ils insistent, non seulement sur la nécessité de se doter d’une formation et d’équipements appropriés, mais aussi sur l’importance de mettre en place des équipes dont le rôle consisterait à soutenir la création de contenus, à effectuer des recherches, à faire de l’exploration pour identifier les contenus les plus pertinents et les plus utiles aux groupes, et à produire des analyses et des réflexions.

Conditions à réunir pour permettre une appropriation des NTIC

L’informatique occupe une place de plus en plus importante dans le travail quotidien des organismes communautaires. La très grande majorité des répondants considèrent que l’informatique apporte des améliorations importantes dans la réalisation de leur travail. Les participant-e-s décrivent l’ordinateur comme un outil indispensable qui facilite le travail et augmente l’efficacité. Personne ne regrettre la machine à écrire avec ses copies « carbone ». Seule une minorité demeure rébarbative aux ordinateurs, tandis que la majorité adopte une attitude plutôt pragmatique. Plusieurs répondants soulignent la présence de « passionnés » et de « mordus » au sein de leurs équipes de travail.

La formation et le soutien technique : des ingrédients essentiels

La très large majorité des répondants considèrent la formation comme la pierre angulaire de l’appropriation des NTIC. Viennent ensuite le soutien et le dépannage technique, les conférences de sensibilisation, les périodes de rodage assisté et les achats d’équipements en groupe.

Cependant, après un court atelier d’initiation à l’utilisation du courrier électronique et à la navigation sur le World Wide Web, la perception des participant-e-s s’est modifiée. L’apprentissage de ces logiciels leur est apparu plus facile et le temps à y consacrer moins considérable qu’ils ne l’avaient cru au premier abord. Ils ont dès lors souhaité en savoir beaucoup plus sur la façon d’utiliser ces outils dans leur travail quotidien et comment les intégrer aux activités des organismes communautaires. Ils ont aussi souhaité en savoir davantage sur le développement de nouveaux usages sociaux et démocratiques des NTIC. Les participant-e-s désirent aussi être mis en contact avec les différentes expériences de réseaux «alternatifs», progressistes et communautaires.

Le soutien technique demeure toutefois une préoccupation importante. Ainsi, quand il s’agit d’installer et de configurer les logiciels et les périphériques, ou quand il s’agit de dépanner les autres utilisateurs, les répondants font d’abord appel aux membres de l’équipe ou à leur entourage immédiat. Un certain niveau d’expertise doit ainsi être maintenu à l’interne. Il est souvent assuré par la présence d’utilisateurs plus aguerris ou par les passionnés par l’informatique. Cet élément se révèle particulièrement important. L’enquête nous apprend que la formation se fait surtout par apprentissage sur le tas, bien que la connaissance de l’informatique soit de plus en plus exigée à l’embauche.

L’accès aux équipements : un obstacle majeur

L’accès aux équipements s’avère, par contre, un obstacle majeur. Qu’il s’agisse d’acquérir des appareils plus performants, voire même un premier ordinateur, qu’il s’agisse de s’acheter un ou des modems, ou encore d’améliorer ses installations téléphoniques par l’ajout d’une ligne téléphonique pouvant servir au télécopieur ou au modem, le manque de ressources financières se fait toujours cruellement sentir. Les défis posés par le renouvellement accéléré des équipements aggravent encore la situation.

Les participant-e-s ont exprimé à ce sujet leurs craintes de voir se créer des «inforiches» et des «infopauvres» au sein même des groupes communautaires. Les résultats de l’enquête révèlent en effet que des disparités importantes séparent les répondants des différents secteurs, notamment au plan des ressources financières disponibles pour l’achat d’équipements informatiques. Ils nous apprennent aussi que certains répondants sont bien pourvus en ordinateurs et en périphériques récents et performants.

Bien que tous les répondants à l’enquête et tous les participants aux journées possédent au moins un ordinateur, plusieurs regroupements nous ont indiqué être en contact avec une portion considérable d’organismes ne disposant toujours pas d’équipements informatiques. Certains estiment même que cette proportion atteint plus de 30% des groupes qu’ils rejoignent. Nombreux sont d’ailleurs les organismes à la recherche d’équipements peu dispendieux: ordinateurs de première génération recyclés ou dernier cri.

Une enquête réalisée auprès des organismes d’alphabétisation du Québec révèle que 41% des groupes d’alphabétisation populaire n’ont toujours pas d’équipements informatiques2. Nos résultats indiquent, entre autres, que, malgré une percée considérable, un nombre appréciable d’organismes (20%) ne disposent pas de télécopieurs.

Par contre, les répondants utilisent généralement plus d’une ligne téléphonique et, très souvent, l’une d’elles est affectée au télécopieur. Les modems font de plus en plus partie des périphériques dont disposent les répondants. L’abonnement à Internet est plus fréquent, et l’achat de modems figure souvent sur la liste des acquisitions prévues.

En ce qui a trait aux équipements, les répondants souhaitent que les gouvernements fassent une place aux besoins des groupes dans leurs divers programmes de financement. En effet, il n’existe pas de programmes spécifiques soutenant l’acquisition d’équipements par les organismes, et les critères de nombreux programmes de subvention actuels ne prévoient généralement pas l’acquisition d’équipements.

On constate toutefois que le parc informatique des groupes est diversifié: il s’étend des XT aux Pentium pour la famille IBM, et des Classic aux Quadra pour la famille Apple. La majorité des répondants possèdent entre un et cinq appareils. Il s’agit majoritairement de compatibles IBM. La moitié des répondants ayant adopté les compatibles IBM possèdent des ordinateurs dotés de micro-processeurs de type 486; près du quart ont des 386 et une portion des 286 ou des appareils inférieurs (14%).

Une autre enquête faisant l’état de la situation des NTIC dans les organismes d’alphabétisation du Québec3 révèle, quant à elle, que 39% des groupes d’alphabétisation populaire posséderaient des ordinateurs compatibles IBM dotés de microprocesseurs de type 386, 286 ou inférieur à ces deux dernières catégories. En ce concerne les produits Apple, 49% des appareils seraient de type Mac LC, Mac Plus, Mac II ou Classic.

Nos résultats sont similaires à ceux de cette enquête. Ainsi, 35% des appareils IBM sont de type 286 ou 386; 45% des appareils Apple sont de type Classic, SE ou Mac Plus. La répartition entre les compatibles IBM et Apple est à peu près identique dans les deux enquêtes, soit 60% pour les IBM et 40% pour les Apple. Il est aussi à noter que les produits Apple sont beaucoup plus présents dans la région montréalaise qu’ailleurs au Québec.

Cette classification est importante parce qu’elle fournit des indications sur la proportion d’équipements qui pourraient s’adapter à un environnement convivial. Ainsi, selon l’endroit où l’on trace la ligne de démarcation, une portion plus ou moins grande d’équipements serait inadéquate et devrait être renouvelée. On peut y voir un indice des investissements exigés, autant au niveau de la quincaillerie que de la formation.

Il faut signaler que l’informatisation a tout de même fait des avancées importantes au cours des dix dernières années. Une enquête menée en 1985 nous permet de mesurer le chemin parcouru. Elle indiquait que les principaux équipements présents des organismes consistaient essentiellement en une machine à écrire et un photocopieur. Seule une minorité d’organismes possédaient alors un ordinateur (12%).4

L’animation sur le terrain : un élément important

Les participant-e-s ont, par ailleurs, souligné que la présence de leaders régionaux agissant comme agents multiplicateurs est aussi un ingrédient essentiel à l’appropriation des NTIC. Ceux-ci pourraient générer un effet d’entraînement et stimuler la mobilisation des groupes et des différents réseaux d’intervention.

Se doter de ressources et de moyens adaptés à leurs besoins

Les participant-e-s croient qu’ils auront besoin d’être soutenus dans la production des contenus. La présence d’animateurs et d’animatrices sur le terrain pourrait contribuer à stimuler cette démarche et à faciliter ce travail de production et de diffusion.Pour plusieurs, il faut également se donner les moyens de s’approprier ces nouvelles technologies: ressources-conseils pour assister les groupes dans la définition de leurs objectifs et de leurs besoins, ressources capables de vulgariser l’information technique et se la rendre accessible; coopératives d’achats afin de réduire les coûts