Préface

Trois ans s’étaient écoulés depuis l’étude des besoins menée auprès des groupes communautaires sur l’appropriation de la télématique. Au cours de ces trois années, Communautique a sillonné le Québec, a offert des dizaines et des dizaines de journées de formation aux groupes, a organisé des forums de discussion, a contribué à développer l’espace communautaire francophone sur Internet, a mené des expériences pilotes d’accès à Internet au sein des groupes populaires et communautaires, a initié et familiarisé des citoyennes et citoyens par centaines à Internet. La petite équipe de Communautique a déployé des énergies considérables et, la réponse des groupes ainsi que des gens fut des plus enthousiastes et stimulantes.

Plusieurs autres projets de télématique communautaire ont aussi contribué à ce vaste travail d’appropriation par le milieu communautaire notamment le Réseau de protection du consommateur des associations coopératives d’économie familiale (ACEF), Net-Femmes de la Table des regroupements de groupes de femmes et du Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF), Internet et alphabétisation du CDEACF, le Réseau d’information des organismes communautaires et bénévoles du Québec de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB).

Le temps était donc venu de reprendre le pouls des groupes, d’évaluer le chemin parcouru et de tenter de cerner l’impact des projets de télématique communautaire. Communautique s’est donc lancé à nouveau dans cette aventure qu’est une enquête sur l’état de l’appropriation de la télématique et de l’intégration de l’informatique au quotidien. Nos ambitions de départ étaient relativement modestes : rejoindre quelques centaines de groupes de quelques-uns des nombreux secteurs qui composent le milieu communautaire. C’était sans compter avec les besoins des groupes : besoin de parler des impacts, besoin de discuter des enjeux, besoin de brosser un portrait des défis relevés au quotidien, besoin de prendre la mesure des changements accomplis, besoin de réfléchir aux perspectives, aux conditions de réussite et aux pistes d’action, besoin de rêver aux développements possibles. La réponse a ainsi été fulgurante : des dizaines de regroupements se sont investis dans la distribution du questionnaire et des centaines de groupes y ont répondu.

Une enquête de cette envergure ne saurait être possible sans le soutien généreux et solidaire de plusieurs personnes et organismes. Toutes ces énergies tendues vers un même but ont largement contribué au succès sans précédent de cette enquête. Nous remercions chaleureusement tous les regroupements ainsi que les groupes qui ont participé à la diffusion du questionnaire et qui ont consacré du temps à répondre. Nous savons à quel point il est rare et précieux. Merci encore à toutes les personnes qui ont participé aux ateliers. Votre participation généreuse et vos commentaires traduisent la richesse de la réflexion en cours dans le milieu communautaire.

Communautique tient à remercier chaleureusement Télé-Québec qui s’est à nouveau associé à notre enquête. Nous tenons à souligner l’appui du Service de la recherche et de la planification notamment le soutien de Gérald Bourbeau au projet et la contribution considérable de Pierre Jacob au traitement statistique, parfois complexe, des données recueillies.

Nous devons aussi souligner la contribution et l’apport soutenu d’Économie communautaire de Francheville (ECOF) et du Tour d’y voir. Merci à Jean-François Aubin, pour son soutien indéfectible, pour l’animation des ateliers ainsi que pour ses conseils précieux et judicieux; merci à Daniel Dubrûle pour les heures passées à compiler les questionnaires ; merci aussi à toute l’équipe d’ECOF et du Tour d’y voir, et toutes nos excuses pour l’engorgement de votre télécopieur pendant des jours entiers !

Avant de terminer, nous devons mentionner qu’une telle enquête ne pourrait voir le jour sans un engagement et un soutien financier important. Cette enquête a ainsi été rendue possible grâce au Secrétariat à l’action communautaire autonome du ministère de la Solidarité sociale et au Fonds de développement de la Métropole du ministère des Affaires municipales et de la Métropole.

Un mot finalement pour souligner le travail exceptionnel de toute l’équipe de Communautique, et particulièrement ceux et celles qui ont contribué à cette enquête et ont quitté Communautique pour relever de nouveaux défis.

Francine Pelletier

 

Introduction

L’ordinateur fait aujourd’hui partie quasi intégrante du monde du travail et ce, même pour ceux dont l’activité revêt davantage un caractère social. Tablant sur l’ordinateur comme outil de communication et sur la création d’espaces reflétant son originalité, ses valeurs et ses aspirations, le milieu communautaire québécois vit lui aussi à l’ère Internet.

Entre 1996 et 1999, l’appropriation de la télématique par les groupes communautaires du Québec s’est opérée à un rythme accéléré : des projets se sont déployés dans plusieurs réseaux ; de nouveaux groupes communautaires sont nés avec pour mission spécifique l’appropriation sociale et démocratique des TIC; des regroupements provinciaux et de nombreux groupes de base ont investi les inforoutes. Les groupes se sont engagés, ils se sont formés, ils tentent d’intégrer Internet à leur travail quotidien, ils développent des projets, ils s’interrogent et réfléchissent sur la façon de lier ces nouveaux développements à leur mission et à leurs services tout en leur gardant une dimension humaine.

Lors de l’étude de besoin de 1996, peu de groupes avaient expérimenté Internet, utilisé le courriel ou navigué sur le Web. Pour la plupart, leur contact s’était souvent limité à l’univers mythique alors présenté par les médias. À l’époque, pour tenir compte de cette réalité, nous avions organisé des ateliers de familiarisation avant les ateliers de discussion afin d’initier les participants et les participantes aux différentes ressources disponibles sur Internet. Le questionnaire d’alors, en plus d’investiguer la question des équipements, reposait sur des mises en situation pour explorer les utilisations potentielles.

Depuis ce temps, Internet a effectué une percée fulgurante dans l’ensemble de la société. Il devient partie prenante de notre quotidien. Pas une journée ne se passe sans qu’on mentionne une adresse de courriel ou de site à la radio ou à la télévision. Des chroniques régulières dans les journaux, à la radio ou à la télévision traitent des technologies sous différentes dimensions: sociale, technique, pratique, etc. Les virus et les cyberpirates font la une; le commerce électronique ou la protection des renseignements personnels défraient régulièrement la manchette.

L’intervention des divers paliers de gouvernements s’est, elle aussi, accentuée, et ce, sur plusieurs plans. Le gouvernement du Québec a adopté, en avril 1998, une politique où sont définies une série de mesures quant au déploiement de l’autoroute de l’information et quant à la création de l’État-réseau. Il a doté le Fonds de l’autoroute de l’information de plusieurs dizaines de millions pour soutenir le développement de projets liés aux grands axes de la Politique. Le Fonds de l’autoroute a d’ailleurs soutenu en 1997 et 1998, quelques projets issus du monde communautaire. Récemment, le gouvernement du Québec a aussi mis sur pied un programme visant à brancher les maisons de jeunes, il a soutenu le branchement des familles bénéficiant des allocations familiales, il a développé une pléthore de mesures pour stimuler le commerce électronique, il a encouragé l’accès via les bibliothèques publiques et les écoles, il a soutenu un projet pilote d’attribution d’adresses de courrier électronique à la population des quartiers Hochelaga-Maisonneuve et Centre-Sud à Montréal ainsi qu’à Baie Comeau. Plusieurs groupes communautaires ont d’ailleurs été impliqués dans ce projet. Certains ministères participent aussi, à des hauteurs et à des degrés très divers, à l’informatisation ou à l’entrée des groupes sur les inforoutes. À cet égard, mentionnons l’apport certain du Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail qui a contribué, via les projets qu’il soutient, à l’acquisition ou au renouvellement d’équipements dans plusieurs groupes communautaires au cours des dernières années de même qu’à la mise sur pied de points d’accès et à l’intégration d’activités d’initiation de la population au sein d’une cinquantaine de groupes communautaires dans sept régions du Québec.

Le gouvernement fédéral a affirmé sa volonté de faire du Canada le pays le plus branché au monde. En plus de ses autres axes d’intervention visant le commerce électronique et les entreprises, il a multiplié les programmes s’adressant spécifiquement aux organismes à buts non lucratifs ou bénévoles ainsi qu’aux collectivités. À titre d’exemples, mentionnons le programme Volnet qui vise à fournir équipement, branchement et formation à des milliers d’organismes à buts non lucratifs, le programme d’accès communautaire qui soutient la création de réseaux de centres d’accès communautaires en milieu rural ou urbain et, les programmes du Bureau des technologies d’apprentissage qui encourage les projets de recherche et de développement de réseaux d’apprentissage.

Parallèlement, les enquêtes et les sondages se sont multipliés : ménages, petites et moyennes entreprises, très petites entreprises ont été auscultés. Le monde communautaire ne pouvait demeurer en marge ou sur l’accotement, pourrions-nous dire, et ce, d’autant plus que l’informatisation des groupes a très nettement progressé au cours de ces trois années de même que l’utilisation de la télématique à des fins sociales.

Composante essentielle de la société, ce mouvement vaste et diversifié compte plusieurs milliers de groupes répartis sur l’ensemble du territoire québécois. Les groupes communautaires et populaires contribuent au développement économique, social et démocratique tant au niveau local que régional. Ils peuvent jouer un rôle crucial, non seulement dans le déploiement de l’inforoute québécoise dans une perspective citoyenne, mais aussi dans l’accès aux technologies de l’information et de la communication par les populations les plus démunies. Engagés dans la lutte contre toutes les formes d’exclusion et travaillant quotidiennement avec les populations démunies ne disposant pas des moyens d’accéder aux inforoutes, ils peuvent et veulent contribuer à combler le fossé qui risque de se creuser entre les infopauvres et les inforiches.

Notre enquête s’inscrit dans ce contexte. Nos objectifs de départ visaient à évaluer le degré d’informatisation des groupes de deux ou trois secteurs d’intervention, à mesurer l’intégration de pratiques en télématique dans quelques-uns des réseaux où des projets communautaires se sont déployés, à identifier les conditions à mettre en place pour assurer une appropriation réussie, à connaître les expériences qui suscitent l’enthousiasme ou celles qui entraînent des déceptions, à identifier les stratégies d’utilisation et finalement, à cerner les impacts des TIC sur l’organisation du travail et l’action des groupes.

De relativement modestes, nos objectifs sont devenus plus importants devant la réponse des groupes. Ainsi, plus de 3 000 questionnaires ont été diffusés dans différents réseaux ; plus de 450 groupes ont répondu à l’appel lancé ; des ateliers de discussion ont été tenus à Montréal, Québec et Trois-Rivières. Des groupes de base de presque toutes les régions du Québec et de la quasi-totalité des divers secteurs d’intervention se sont faits entendre et sont représentés par ces résultats. Les regroupements provinciaux, sectoriels ou régionaux ont aussi exprimé leurs besoins, leurs expériences et leurs préoccupations. De ce seul point de vue, cette enquête est unique. Elle témoigne en outre de l’importance que les groupes communautaires accordent aujourd’hui à l’appropriation des TIC. A cela s’ajoute, la richesse des réflexions, des échanges et des discussions tenus lors des ateliers.

Toutefois, nous devons souligner la faible participation des groupes des régions des Laurentides, de Lanaudière, de l’Outaouais et du Nord du Québec. Est-ce le résultat de nos modes de diffusion ? Est-ce le reflet de réalités spécifiques, de besoins particuliers en matière d’équipements, d’un intérêt moins marqué pour les technologies, du nombre de groupes présents dans ces régions ou de leur dispersion ou des réseaux auxquels ils appartiennent ? Ces questions méritent d’être creusées et une attention particulière devrait être portée à ces régions dans les suites de la présente enquê