Actualités

VECAM

Volume1, numéro double 2-3, octobre-novembre 1997

Présentation de VECAM

par Philippe Tousignant

En septembre dernier se tenait en France une rencontre internationnale organisée par VECAM – Veille européenne et citoyenne sur les autoroutes de l’information et le multimédia – sur la démocratie et le multimédia. Communautique y était invité et deux de ses collaborateurs, Maryse Rivard et Pierre Valois y ont participé. Ils nous livrent ici leurs impressions et témoignent de leurs expériences. Avant de leur passer la plume, il convient de présenter brièvement VECAM.

VECAM est une organisation née en 1995 et dont les objectifs sont la promotion des intérêts citoyens dans le développement des systèmes de communication, la défense des préoccupations citoyennes sur les inforoutes ou plus précisément de:

  • Favoriser l’appropriation et la maîtrise sociales des nouvelles technologies de la communication par les citoyens et leurs multiples associations.
  • Se prononcer sur les enjeux considérables de ces technologies. En ouvrant des débats entre citoyens, acteurs sociaux et scientifiques sur des thèmes majeurs comme la notion de service universel; l’emploi, la solidarité, l’environnement, la santé, l’économie, la monnaie, les arts et la culture…

Vecam cherchera à faire entendre ses propositions à tous les niveaux de décision politique, face à celles issues des forums et lobbies des seuls spécialistes, experts officiels et décideurs économiques.»

C’est dans cette optique que VECAM organise ponctuellement des colloques, débats, rencontres,… dont le symposium, «La démocratie et les réseaux multimédia», tenu à Parthenay en septembre 1997. Dans ce bulletin, Maryse Rivard nous présente la ville de Parthenay, son histoire, son projet numérique et nous parle du colloque en général. Pierre Valois philosophe sur l’atelier «Acquisition des savoirs».

À la découverte de la cité numérique

Par Maryse Rivard

Du site virtuel au site réel

Il y a quelques mois, au hasard d’une recherche sur la citoyenneté et Internet, je trouve un site web annonçant la tenue d’une rencontre internationale intitulée: «La démocratie et les réseaux multimédia» à Parthenay. Intriguée par le nom de la ville et intéressée par le thème, je poursuis l’investigation jusque sur le site de la ville en question. À ma plus grande surprise, j’y découvre une petite ville numérisée ainsi qu’un appel à contributions pour des rencontres européennes sur la citoyenneté et les technologies d’information et de communication (TIC). La question posée en introduction au programme m’interpelle immédiatement:

    «Citoyenneté et démocratie sont liées à l’évolution des systèmes de communication: si les citoyen, les citoyennes ne s’approprient pas ces technologies, un écart grandissant entre exclus et nantis de l’information se creusera et posera la question du pouvoir et du projet collectif. Cette information, voulons-nous la laisser aux mains de quelques-uns ou voulons-nous la partager?»

Je m’empresse alors de proposer aux organisateurs un topo sur deux projets québecois ayant pour objectif de permettre une plus grande maîtrise sociale d’Internet par les groupes communautaires et par les citoyens et les citoyennes les plus démunis. Il s’agit d’expériences à caractère démocratique auxquelles j’ai été associée dans le cadre de mes recherches en communication à l’Université du Québec à Montréal: le projet du Réseau d’information pour les aînés du Québec (RIAQ) et vous vous en doutez, le projet Communautique. Compte tenu des objectifs et, des stratégies d’appropriation mises en place par les instigateurs de ces expérimentations, ma proposition a été aussitôt retenue.

C’est ainsi que grâce à des contributions financières de Communautique et de l’ UQAM, je me suis présentée sur le site réel de Parthenay en septembre dernier, à titre de «porteur d’expériences et de réflexions» dans le cadre de l’atelier «Territoires et citoyenneté locale». Cette expérience fut très enrichissante.

Une cité médiévale et rurale

Située en région Poitou/Charentes, Parthenay est surtout connue pour son patrimoine monumental 1 particulièrement représentatif d’une ville médiévale. Le château et les fortifications, les églises romanes et gothiques 2 restaurées selon les règles de l’art donnent aux visiteurs l’impression de voyager dans le temps. Capitale de la Gâtine, cette ville fut le théâtre de la lutte qui opposait le roi de France et le roi d’Angleterre pendant la guerre de Vendée, au début du XIIIe siècle. À la fin du Moyen-Âge, elle vivait au rythme des foires et des marchés. Les nombreuses maisons à pans de bois qui jalonnent encore les rues de la vieille ville témoignent de l’activité commerciale de la bourgeoisie de l’époque.

Cette tradition commerçante se perpétue encore en cette fin de siècle avec le marché aux bestiaux et le dynamisme économique du secteur agro-alimentaire et de l’industrie mécanique. Située au coeur de la France rurale, Parthenay compte aujourd’hui environ 12 000 habitants et est reconnue pour sa production vachère, la célèbre «parthenaise». La parthenaise est une race de vache dont la viande est particulièrement appréciée des gastronome, cette dernière figure d’ailleurs sur les armoiries de la ville.

Cependant, à l’instar de plusieurs autres petites villes rurales, Parthenay a été durement touchée par la crise économique qui sévit à la fin des «Trente glorieuses». Son histoire récente en témoigne avec plusieurs pertes d’emploi dans les deux principaux secteurs d’activités et un exode rural considérable. Au début des années 1980, le redéploiement vers d’autres secteurs d’emplois plus porteurs s’effectue difficilement. La population de Parthenay diminue de 2,7%, entre 1982 et 1990 au profit des métropoles régionales et de l’Île-de-France.

Confrontée aux problèmes de désertification des zones rurales, la ville s’engage alors dans une dynamique de revalorisation du local en misant sur l’autonomie et l’esprit créatif des citoyens et des citoyennes et tente de relancer l’économie par un projet novateur et mobilisateur: «le projet de Ville numérisée».

Une cité numérique

C’est en 1995 que le maire Michel Hervé 3 et les conseillers du district à proposer la candidature de leur ville à la Commission Européenne pour qu’elle devienne une ville numérique expérimentale. Cette initiative s’incrit en fait dans le prolongement de la politique de modernisation des entreprises, des organisations et des rapports de citoyenneté. Reposant sur deux projets de développement et d’appropriation des nouvelles technologies METASA 4 et MIND 5, le concept de Ville numérisée est vite adopté par la population.

Sous ce vocable à la mode, se cache l’ambition des responsables politiques de relier électroniquement plus des trois-quarts de la population et de favoriser le développement d’«usages citoyens» grâce à l’installation de dispositifs technologiques. Supporté par les autorités bruxelloises, un groupe d’industriels 6, des chercheurs en sciences sociales 7, et plus de 250 associations de la région, le district est entré concrètement dans l’ère des TIC au début de l’année 1996. À titre de citoyens et de citoyennes de la première ville numérique, les Parthenaisiens et Parthenaisiennes disposent désormais d’accès gratuits, au Bulletin Board System BBS, à l’«In-Town-Net» et aux espaces numérisés disséminés à dans points stratégiques dans la ville.

Afin d’éviter que des impératifs financiers ne constituent un frein à l’utilisation du «réseau des réseaux», le district et ses partenaires mettent tout en oeuvre pour faciliter l’accès et l’appropriation aux TIC. Ainsi des ententes ont été signées avec les représentants de Siemens-Nixdorf pour les ordinateurs, Cetelem pour des crédits à la consommation et France Télécom pour les liaisons téléphoniques, dans le but d’offrir aux habitants et aux habitantes, aux associations, ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises, du district un accès à l’Internet à de bonnes conditions.

À Parthenay, il est possible de disposer d’un ordinateur 8 avec modem et de deux-cent heures annuelles de connexion sur l’Internet moyennant un versement de 300 francs par mois (environ 70.00$). Par ailleurs, les citoyens et les citoyennes ont la possibilité d’acheter de l’équipement informatique à prix réduit. Une fois équipés, ils peuvent se brancher à Internet à partir de leur domicile et à l’Intranet de la ville gratuitement étant donné que la ville possède son propre serveur. Pour ce faire, un technicien de la collectivité locale les aide à configurer les ordinateurs puis à installer les logiciels nécessaires aux différentes applications disponibles. Il donne également quelques conseils d’utilisation et assure le soutien téléphonique gratuitement.

La recherche d’une imbrication de l’utilisation des TIC au quotidien par les citoyens et les citoyennes est patente et est accompagnée d’une double volonté politique d’encourager une forte augmentation de l’accès à domicile – à la fin de l’année 1997, plus de 10% de la population était connectée au foyer – et de développer des pratiques dans des espaces publics répartis dans la ville.

Des conférences ambitieuses

C’est dans ce décor enchanteur et paradoxal (médiéval et futuriste) que l’association VECAM a décidé de tenir les rencontres européennes sur la démocratie et les réseaux multimédias. L’endroit était tout indiqué non seulement à cause du projet de ville numérique mais également à cause de la tradition politique axée sur la démocratie participative et la citoyenneté active de la ville. D’ailleurs, Parthenay n’en est pas à ces premières armes dans ce domaine puisqu’elle est l’hôte de ces conférences depuis trois ans.

Les porteurs d’expériences et de réflexions étaient non seulement invités à présenter mais également à évaluer leurs propres expérimentations. La grille d’analyse proposée, axée sur les usages démocratiques des TIC, permettait d’évaluer comment les projets de développement et d’appropriation des TIC:

  • favorisent la citoyenneté active,
  • renforcent le lien social,
  • suscitent de nouvelles formes de rapports entre les citoyens, les citoyennes et les représentants politiques,
  • modifient la perception du territoire.

Les trois jours de conférences étaient organisés en fonction de ces objectifs. Ainsi, les rencontres devaient favoriser les échanges entre les intervenants, les intervenantes et contribuer à faire connaître les différents projets en cours. En guise d’accueil, nous avons eu droit à trois allocutions de «bienvenue» prononcées successivement par Michel Hervé, le maire de Parthenay, Mme Édith Cresson, Commissaire européen à la Commission de Bruxelles et par Véronique Kleck, Secrétaire Générale de VECAM. Les discours bien léchés à saveur «techno-utopiste» des deux représentants politiques ne nous réservaient aucune surprise.

Cependant, Mme Kleck a profité de l’occasion pour lancer un défi de taille à l’assemblée. Outre le désir de mieux connaître les usages sociaux des TIC existants, de confronter les enseignements et d’évaluer les pratiques, elle a énoncé des objectifs politiques très ambitieux pour cette troisième rencontre. En effet, elle a insisté sur l’importance de formuler des propositions d’orientations qui constitueront les fondements d’un réseau civique européen.

Le mandat était clair, nos échanges et nos réflexions devaient aboutir sur la formulation de propositions visant l’élaboration de politiques publiques pour promouvoir les usages sociaux et citoyens des TIC tout en limitant les risques afférents. Question de nous plonger dans le «bain numérique» rapidement, elle nous a immédiatement invité à participer à un «jeu de piste» dans la ville afin de découvrir les divers lieux et modes d’expérimentation et d’utilisation des TIC déjà en place à Parthenay.

Après quelques heures de «navigation» (réelle et virtuelle) dans la cité médiévale à la découverte de ces espaces habités pour l’occasion par les porteurs d’expériences, nous avons eu droit à un débat entre Joël de Rosnay, directeur des relations internationales de la cité des Sciences et de l’industrie de la Villette à Paris, Alain Ambrosi, de l’association internationale spécialisée dans la production audiovisuelle indépendante Videazimut à Montréal et de M. Nahon, directeur de la filiale européenne de l’entreprise Microsoft, Michel Hervé, le maire de Parthenay et l’animateur Patrick Viveret, rédacteur en chef de la revue Transversales Science/Culture.

Le débat n’en fut pas un car les conférenciers semblaient s’être mis d’accord pour encenser les mérites et discourir sur les aspects positifs des TIC. Les échanges qui suivirent, entre les gens dans la salle et les panellistes, bien que rapides, furent beaucoup plus animés. En effet, quelques participants et participantes issus des milieux associatifs, de l’enseignement et du secteur de la recherche universitaire ont dénoncé le ton rassurant et les discours «déterministes» sur lesquels s’amorçaient les rencontres. Plusieurs ont insisté sur la nécessité d’examiner les acquis en s’inspirant des expériences passées plutôt que sur les discours prophétiques. La discussion, pourtant fort intéressante, ne s’est malheureusement pas prolongée puisque la principale personnalité visée par ces commentaires, Joël de Rosnay, n’a pas daigné répondre à ces remarques pourtant fort pertinentes.

Des ateliers fructueux

Le lendemain, commençait le travail sérieux. Les 250 «porteurs d’expériences» étaient invités à travailler en petits groupes afin d’évaluer leur pratiques et de cerner les chances et les risques sociaux afférents à l’implantation généralisée des technologies. Regroupés en ateliers portant sur quatre thèmes centraux: territoires et citoyenneté locale, acquisition de savoirs, nouveaux modes de travail, monde et réseaux de citoyenneté, les participants et les participantes aux conférences présentaient à tour de rôle le résultat de l’évaluation de leur propre expérimentation.

Le savoir-vivre français et la culture artistique étaient aussi au rendez-vous. Les pauses déjeuners avaient lieu à l’extérieur et les tables étaient généreusement garnies de vin, de fromage et de produits régionaux. Une soirée «nuit techno» et un «café philosophique» étaient également inscrits au programme des activités. Plusieurs artistes du multimédias participaient aux conférences et quatre installations multimédia présentant des pratiques artistiques alternatives se déroulaient en parallèle aux rencontres.

Trop numérique pour être vrai

En terminant, je dois vous avouer que j’étais encore un peu sceptique face à l’implication et à la participation réelle des habitants et des habitantes de Partnenay au projet de ville numérisée. Je me doutais bien que la Cité avait tout mis en oeuvre pour paraître «sous son meilleur jour» pendant la visite de trois cents congressistes. Je me questionnais à savoir comment la population de Parthenay usaient des dispositifs technologiques au quotidien. C’est pourquoi, je suis restée quelques heures après le départ des dernières navettes afin de voir comment les citoyens et les citoyennes se réapproprieraient leur cité numérique.

En bonne sociologue, j’ai donc arpenté la ville de part et d’autres, carnet en main, afin d’effectuer une petite enquête terrain. J’en ai profité pour visiter une dernière fois les espaces numérisés question de constater de visu comment les citoyens, les citoyennes de Parthenay «habitaient» ces lieux. En entrant dans «l’Espace Numérisé Armand Jubien », j’ai été surprise de voir que les «usagers naturels» avaient déjà réinvesti les lieux. Un groupe de jeunes adolescents occupaient tous les postes disponibles dans une ambiance conviviale. J’ai été immédiatement rassurée sur l’appropriation des TIC par les Parthenaisiens et les Parthenaisiennes.

Quand les gens envahissent les espaces numérisés par un beau samedi après-midi ensoleillé, c’est une preuve que «l’activité numérique» est bien intégrée dans le quotidien des habitants de la cité. Peut-être trop même!

Du stylus au cyberespace… La question est: à qui appartient la main?

…Pavé textuel…sur l’atelier «Acquisition des savoirs.»

par Pierre Valois

«Internet aura-t-il le même impact dans la vie des femmes que la machine à laver? Ou bien ne fera-t-il que réaffirmer le pouvoir des clercs ou des nouvelles élites?» 9

De tout temps la maîtrise des moyens de communications fut l’apanage du Prince…cette maîtrise s’accompagnant de celle des contenus…des informations qui étaient transmises…et vers qui elles étaient dirigées…

Lors de l’atelier sur les acquisitions des savoirs nous avons vécu… le moment d’un avant-midi …à la présentation d’une multitude d »expérimentations…ces exemples avaient tous comme postulat de base…qu’il était possible d’envisager une appropriation citoyenne des actuelles technologies de l’information…donc aux possibles permettant la prise en charge de l’information tant du niveau de la recherche que de celui de la formulation et de l’émission d’une charge informative…

En temps réel nous avons donc navigué au gré des expériences qui nous étaient présentées…allant d’une école à l’autre en passant par différentes mairies…s’arrêtant un court instant dans certaines entreprises…pour ensuite reprendre notre route vers le mouvement associatif…le tout en moins de trois heures…s’en suivit un espèce d’essoufflement…de vertige…dont la cause était sans doute le fait d’avoir réuni dans un petit espace physique une masse critique aussi imposante…

Cependant demeurait un certain malaise…reposant sur l’impression qu’en dehors de notre groupe aussi imposant soit-il…il manquait bien du monde…il manquait les populations que nous voudrions voir se servir des technologies de l’information dans le but de faire émerger un nouveau type de citoyenneté…

Le sentiment que nous éprouvons pour ces technologies étant du même ordre que celui éprouvé par Bertholt Brecht en regard de la radio il y a quelques décennies.. «La radio pourrait être le plus formidable appareil de communication pour la vie publique, si elle savait non seulement émettre, mais recevoir, non seulement faire écouter l’auditeur, mais le faire parler, ne pas l’isoler, mais le mettre en relation avec les autres. Il faudrait alors que la radio, abandonnant son activité de fournisseur, organise cet approvisionnement par les auditeurs eux-mêmes. […] Et si jamais vous trouvez cela utopique, demandez-vous pourquoi c’est utopique.» 10

Remplaçons le mot radio par NTIC…Cyberespace…ou…Révolution informationnelle… et nous en arrivons à la même aspiration Brechtienne…Or…pour la radio comme pour l’ensemble des nouveaux moyens de communication et d’information jusqu’à ce jour…ce sont les entreprises privées avec tout le mercantilisme que l’on sait qui se sont emparées des contenus et par le fait même des auditeurs…en les cantonnant dans un rôle de spectateurs-auditeurs passifs…

Aujourd’hui il semble que les possibles cybernétiques puissent nous permettre de réaffirmer … avec encore plus de force…qu’il est possible maintenant de croire en une réelle appropriation…pour une part de la société…du rôle d’émetteur…de pourvoyeur d’idées…de contenus…mais il ne faut pas être dupe du Marché…déjà nous assistons à la concentration des fournisseurs d’accès entre les mains de grandes compagnies…qui telles des hyènes sentent de loin l’odeur caractéristique de l’info-monnaie…

Nous créons actuellement des besoins qu’il sera difficile de ne pas monnayer dans quelques années sinon quelques mois…alors…«De nouveaux clivages sociaux sont susceptibles d’apparaître entre ceux qui utiliseront les nouvelles techniques et ceux qui resteront à l’écart entre les individus et les groupes qui s’approprieront les nouveaux savoir-faire et ceux qui s’en éloigneront, etc. Il se peut que l’implantation des nouvelles techniques amplifient les inégalités sociales existantes: ainsi ceux qui possèdent déjà un accès privilégié à la culture verront leurs possibilités d’acquérir de nouvelles informations s’accroître de manière phénoménale» 11

Dans un contexte où le capitalisme se cherche (relance, dépassement)… les NTIC s’inscrivent maintenant dans ce que l’on pourrait appeler une tentative de relance de ce système économique…nous vivons actuellement l’ère de la segmentation lors de la fabrication d’un objet / d’un produit…il en sera de même avec la possibilité réelle de faire sens de formuler l’information…comment donc se feront les interconnections essentielles pour obtenir une vue panoramique de l’information nécessaire dans un univers où les parasites ne cessent de se faire entendre?…est-ce que l’espace communicationnel actuellement en pleine expansion deviendra un immense centre d’achat planétaire ou y aura-t-il place pour une agora du même ordre pour des groupes et des personnes qui ont des choses à dire et pas seulement à vendre?

Les discussions qui ont eu cours lors de cet atelier étaient porteuses de deux objectifs…premièrement élargir la démocratie en faisant en sorte que les gens avec qui nous travaillons puissent eux aussi avoir accès aux contenus proposés …cette première affirmation relevant davantage de l’ordre du projet que du simple questionnement sur l’outil lui-même…deuxièmement, approfondir la question des utilisations possibles des NTIC pour nous, nos membres, nos groupes et les citoyens…en identifiant clairement quelles en sont les limites…lorsqu’il a été fait mention de ces limites…le rôle de l’État s’est tout naturellement glissé dans nos discussions…rôle en regard des formateurs…des pédagogies à repenser…car on pourra toujours dire haut et fort que l’accès aux nouvelles technologies demeure le fer de lance d’une nouvelle citoyenneté…encore faut-il que cet accès soit rendu possible par l’entremise de formateurs qui ne craignent pas de remettre en question certaines manières de faire…de comprendre la pédagogie…d’admettre qu’il est impossible de savoir tout sur tout…et surtout que d’autres…des étudiants et des étudiantes…savent…dans ce sens l’appropriation semblait passer par l’école…

C’est donc en présence d’un postulat républicain que nous nous sommes retrouvés…que faire avec ceux et celles qui hors des murs du savoir…existent et cherchent à donner un sens à leur existence…il faut multiplier les lieux …les émetteurs…tout en sachant…que l’outil n’est qu’un moyen…et non une fin…en présupposant que malgré…l’invention du stylo bille à puce…il faut des idées…ce qui fut le centre de nos discussions lors des ateliers de l’après-midi…en effet nous nous sommes attardés sur la question du savoir être…ce qui somme toute est le pendant normal du savoir-faire…le savoir-être se comprenant là encore dans le sens citoyen…puisque le mirage technologique peut tout aussi bien nous nous cantonner dans un univers onirique individualisant…

Dans cet esprit…il faut surtout éviter à un moment…où le social semble miné par l’économique…où le marché semble être le seul référent possible …le repli individuel et solitaire… il faut donc réintroduire un discours misant plus sur la solidarité que sur l’individualisme…ainsi qu’une action politique à long terme prenant le pas du poids de l’idéologie dominante…qui affirme de plus en clairement qu’il est nécessaire dans un univers concurrentiel qu’il y ait des perdants et des exclus…

«- Avez-vous repéré tout ce truc bizarre sur l’atomisation du public?

– La quoi?

– L’atomisation, le phénomène qui consiste à isoler les individus. On commande de la bouffe à domicile, on discute avec sa chérie sur Internet, on fait l’apologie de la télé, le cocooning devient une vertu cardinale et toutes les occasions de sortir de chez soi sont autant de dangers potentiels.» -SAGA de Tonino Benacquista

RAVE d’une nuit d’été

Au cours de l’une des soirées de Parthenay il été possible de faire les liens entre l’art et les NTCI tant du niveau de la production écrite et musicale…pour bien montrer les possibles un RAVE était organisé et se tenait au coeur des murs d’un bâtiment servant habituellement à la vente aux enchères du cheptel de la région. Plus de 1,000 personnes se sont retrouvées pour une nuit de musique techno. Décrire un RAVE c’est assez difficile…on sent la musique on ne l’écoute pas…elle nous transperce et nous fait vibrer à plus de 150BPM…c’est une mélopée hypnotisante particulièrement comme ce fut le cas ce soir là grâce à la projection d’images de synthèses…

La moyenne d’âge…n’en parlons pas j’aurais pu être le père de la grande majorité des personnes-jeunes présentes…cela ne semble pas les avoir indisposées…j’ai compris ce soir là que j’aimais le techno…pour le plaisir des yeux…et du corps…parce que c’est un « beat » urbain…vivant…existant dirais-je…voir cette masse humaine se mouvoir… sans collision…au rythme des battements d’un coeur poussé au maximum c’est tout aussi troublant qu’émerveillant…vivre cette nuit simplement pour le plaisir d’avoir le sentiment d’exister après avoir discuté toute une journée sur les appropriations citoyennes des NTIC c’était finalement un beau cadeau…que malheureusement peu de participant-e-s au colloque sont venues partager…la peur de l’étrange…???…l’âge…???…du plaisir…???…

Le Web, en bref: quelques sites apparus cet automne

Le Tour d’y voir, bulletin quotidien pour et sur le mouvement populaire et communautaire de l’ensemble du Québec a maintenant son site Internet. Une mine d’informations d’actualité.

Le réseau Familis, un service d’aide à la famille, offre différents services par le truchement de son site.

Net Pop est réapparu cet automne grâce à une entente de collaboration avec le fournisseurs d’accès Communication accessibles Montréal (CAM).

Notes

1.Depuis 1993, le District de Parthenay est reconnu « Pays d’Art et d’Histoire » par le Ministère français de la Culture. Ce label est à la fois la preuve d’un centre historique de qualité mais également une marque de la reconnaissance des actions de mise en valeur qui sont menées.

2.Située sur le chemin de St-Jacques de Compostelle, (route de pélerinage) la ville possédait au Moyen-Âge une quinzaine d’établissements religieux.

3.Le maire et président du District Michel Hervé, est le principale instigateur du projet à Parthenay, il a été pendant longtemps président d’Europe 99 aux politiques de civilisation. Un résumé de sa plume:«Les expériences menées à Parthenay», http://www.globenet.org/transversales/46/herve.html

4.METASA est un projet de recherche et développement qui s’inscrit dans le cadre du programme « applications télématiques » de la Commission européenne (DGXIII). Il rassemble dans un même consortium européen les 4 petites villes européennes (Arnedo, Weinstadt, Torgau et Parthenay), des équipes de chercheurs en sciences sociales et des industriels, constructeurs, opérateurs, producteurs de contenu.

5.MIND est un projet de démonstration de court terme soutenu par la DG III (Industrie) de la Commission européenne. L’objectif poursuivi par le projet MIND est de susciter l’émergence d’une « véritable communauté électronique locale » d’information, de communication et de transactions, intégrant l’ensemble des acteurs économiques, sociaux et administratifs de la Cité.

6.Philips, Siemens-Nixdorf, Thomson-Syseca, France Télécom, EDF, Météo-France et le CNED.

7. Autour d’Alain d’Iribarne, professeur à l’université d’Aix-Marseille II, d’Emmanuel Eveno, professeur à l’université Toulouse II le Mirail et de Jean-Michel Billaut du Club de l’Arche.

8. Le micro-ordinateur est un Siemens – Pentium 130 ou 166 – doté d’un disque dur d’un giga-octet et de seize méga-octets de mémoire vive, et muni d’un lecteur de CD-Rom hectuple vitesse, de logiciels (Windows 95 et Microsoft Explorer) ainsi que d’une carte son et de hauts-parleurs.

9. C’est à peu près en ces termes qu’un participant du colloque aura débuter la période de discussion avec la salle lors de la plénière du jeudi soir.

10.BRECHT, Bertolt, «Théorie de la radio» (1932) in Sur le cinéma, Cahiers de l’Arche, Paris, 1980.

11.BRETON, Philippe et PROULX, Serge, L’explosion de la communication, La Découverte Boréal, Paris-Montréal, 1990.

L’équipe de rédaction de ce bulletin :

Maryse Rivard,est étudiante à la maîtrise en communication à l’U.Q.A.M. Elle fait partie de l’équipe Communautique. Elle anime des points d’accès publics. Elle est également membre fondatrice de la revue électronique COMMposite: http://commposite.uqam.ca/,

Pierre Valois est formateur au Centre de Formation Populaire et siège au comité aviseur du projet Communautique,

Philippe Tousignant

2017-03-06T21:27:58+00:00