Volume1, numéro double 2-3, octobre-novembre 1997

Présentation de VECAM

par Philippe Tousignant

En septembre dernier se tenait en France une rencontre internationnale organisée par VECAM – Veille européenne et citoyenne sur les autoroutes de l’information et le multimédia – sur la démocratie et le multimédia. Communautique y était invité et deux de ses collaborateurs, Maryse Rivard et Pierre Valois y ont participé. Ils nous livrent ici leurs impressions et témoignent de leurs expériences. Avant de leur passer la plume, il convient de présenter brièvement VECAM.

VECAM est une organisation née en 1995 et dont les objectifs sont la promotion des intérêts citoyens dans le développement des systèmes de communication, la défense des préoccupations citoyennes sur les inforoutes ou plus précisément de:

  • Favoriser l’appropriation et la maîtrise sociales des nouvelles technologies de la communication par les citoyens et leurs multiples associations.
  • Se prononcer sur les enjeux considérables de ces technologies. En ouvrant des débats entre citoyens, acteurs sociaux et scientifiques sur des thèmes majeurs comme la notion de service universel; l’emploi, la solidarité, l’environnement, la santé, l’économie, la monnaie, les arts et la culture…

Vecam cherchera à faire entendre ses propositions à tous les niveaux de décision politique, face à celles issues des forums et lobbies des seuls spécialistes, experts officiels et décideurs économiques.»

C’est dans cette optique que VECAM organise ponctuellement des colloques, débats, rencontres,… dont le symposium, «La démocratie et les réseaux multimédia», tenu à Parthenay en septembre 1997. Dans ce bulletin, Maryse Rivard nous présente la ville de Parthenay, son histoire, son projet numérique et nous parle du colloque en général. Pierre Valois philosophe sur l’atelier «Acquisition des savoirs».

À la découverte de la cité numérique

Par Maryse Rivard

Du site virtuel au site réel

Il y a quelques mois, au hasard d’une recherche sur la citoyenneté et Internet, je trouve un site web annonçant la tenue d’une rencontre internationale intitulée: «La démocratie et les réseaux multimédia» à Parthenay. Intriguée par le nom de la ville et intéressée par le thème, je poursuis l’investigation jusque sur le site de la ville en question. À ma plus grande surprise, j’y découvre une petite ville numérisée ainsi qu’un appel à contributions pour des rencontres européennes sur la citoyenneté et les technologies d’information et de communication (TIC). La question posée en introduction au programme m’interpelle immédiatement:

    «Citoyenneté et démocratie sont liées à l’évolution des systèmes de communication: si les citoyen, les citoyennes ne s’approprient pas ces technologies, un écart grandissant entre exclus et nantis de l’information se creusera et posera la question du pouvoir et du projet collectif. Cette information, voulons-nous la laisser aux mains de quelques-uns ou voulons-nous la partager?»

Je m’empresse alors de proposer aux organisateurs un topo sur deux projets québecois ayant pour objectif de permettre une plus grande maîtrise sociale d’Internet par les groupes communautaires et par les citoyens et les citoyennes les plus démunis. Il s’agit d’expériences à caractère démocratique auxquelles j’ai été associée dans le cadre de mes recherches en communication à l’Université du Québec à Montréal: le projet du Réseau d’information pour les aînés du Québec (RIAQ) et vous vous en doutez, le projet Communautique. Compte tenu des objectifs et, des stratégies d’appropriation mises en place par les instigateurs de ces expérimentations, ma proposition a été aussitôt retenue.

C’est ainsi que grâce à des contributions financières de Communautique et de l’ UQAM, je me suis présentée sur le site réel de Parthenay en septembre dernier, à titre de «porteur d’expériences et de réflexions» dans le cadre de l’atelier «Territoires et citoyenneté locale». Cette expérience fut très enrichissante.

Une cité médiévale et rurale

Située en région Poitou/Charentes, Parthenay est surtout connue pour son patrimoine monumental 1 particulièrement représentatif d’une ville médiévale. Le château et les fortifications, les églises romanes et gothiques 2 restaurées selon les règles de l’art donnent aux visiteurs l’impression de voyager dans le temps. Capitale de la Gâtine, cette ville fut le théâtre de la lutte qui opposait le roi de France et le roi d’Angleterre pendant la guerre de Vendée, au début du XIIIe siècle. À la fin du Moyen-Âge, elle vivait au rythme des foires et des marchés. Les nombreuses maisons à pans de bois qui jalonnent encore les rues de la vieille ville témoignent de l’activité commerciale de la bourgeoisie de l’époque.

Cette tradition commerçante se perpétue encore en cette fin de siècle avec le marché aux bestiaux et le dynamisme économique du secteur agro-alimentaire et de l’industrie mécanique. Située au coeur de la France rurale, Parthenay compte aujourd’hui environ 12 000 habitants et est reconnue pour sa production vachère, la célèbre «parthenaise». La parthenaise est une race de vache dont la viande est particulièrement appréciée des gastronome, cette dernière figure d’ailleurs sur les armoiries de la ville.

Cependant, à l’instar de plusieurs autres petites villes rurales, Parthenay a été durement touchée par la crise économique qui sévit à la fin des «Trente glorieuses». Son histoire récente en témoigne avec plusieurs pertes d’emploi dans les deux principaux secteurs d’activités et un exode rural considérable. Au début des années 1980, le redéploiement vers d’autres secteurs d’emplois plus porteurs s’effectue difficilement. La population de Parthenay diminue de 2,7%, entre 1982 et 1990 au profit des métropoles régionales et de l’Île-de-France.

Confrontée aux problèmes de désertification des zones rurales, la ville s’engage alors dans une dynamique de revalorisation du local en misant sur l’autonomie et l’esprit créatif des citoyens et des citoyennes et tente de relancer l’économie par un projet novateur et mobilisateur: «le projet de Ville numérisée».

Une cité numérique

C’est en 1995 que le maire Michel Hervé 3 et les conseillers du district à proposer la candidature de leur ville à la Commission Européenne pour qu’elle devienne une ville numérique expérimentale. Cette initiative s’incrit en fait dans le prolongement de la politique de modernisation des entreprises, des organisations et des rapports de citoyenneté. Reposant sur deux projets de développement et d’appropriation des nouvelles technologies METASA 4 et MIND 5, le concept de Ville numérisée est vite adopté par la population.

Sous ce vocable à la mode, se cache l’ambition des responsables politiques de relier électroniquement plus des trois-quarts de la population et de favoriser le développement d’«usages citoyens» grâce à l’installation de dispositifs technologiques. Supporté par les autorités bruxelloises, un groupe d’industriels 6, des chercheurs en sciences sociales 7, et plus de 250 associations de la région, le district est entré concrètement dans l’ère des TIC au début de l’année 1996. À titre de citoyens et de citoyennes de la première ville numérique, les Parthenaisiens et Parthenaisiennes disposent désormais d’accès gratuits, au Bulletin Board System BBS, à l’«In-Town-Net» et aux espaces numérisés disséminés à dans points stratégiques dans la ville.

Afin d’éviter que des impératifs financiers ne constituent un frein à l’utilisation du «réseau des réseaux», le district et ses partenaires mettent tout en oeuvre pour faciliter l’accès et l’appropriation aux TIC. Ainsi des ententes ont été signées avec les représentants de Siemens-Nixdorf pour les ordinateurs, Cetelem pour des crédits à la consommation et France Télécom pour les liaisons téléphoniques, dans le but d’offrir aux habitants et aux habitantes, aux associations, ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises, du district un accès à l’Internet à de bonnes conditions.

À Parthenay, il est possible de disposer d’un ordinateur 8 avec modem et de deux-cent heures annuelles de connexion sur l’Internet moyennant un versement de 300 francs par mois (environ 70.00$). Par ailleurs, les citoyens et les citoyennes ont la possibilité d’acheter de l’équipement informatique à prix réduit. Une fois équipés, ils peuvent se brancher à Internet à partir de leur domicile et à l’Intranet de la ville gratuitement étant donné que la ville possède son propre serveur. Pour ce faire, un technicien de la collectivité locale les aide à configurer les ordinateurs puis à installer les logiciels nécessaires aux différentes applications disponibles. Il donne également quelques conseils d’utilisation et assure le soutien téléphonique gratuitement.

La recherche d’une imbrication de l’utilisation des TIC au quotidien par les citoyens et les citoyennes est patente et est accompagnée d’une double volonté politique d’encourager une forte augmentation de l’accès à domicile – à la fin de l’année 1997, plus de 10% de la population était connectée au foyer – et de développer des pratiques dans des espaces publics répartis dans la ville.

Des conférences ambitieuses

C’est dans ce décor enchanteur et paradoxal (médiéval et futuriste) que l’association VECAM a décidé de tenir les rencontres européennes sur la démocratie et les réseaux multimédias. L’endroit était tout indiqué non seulement à cause du projet de ville numérique mais également à cause de la tradition politique axée sur la démocratie participative et la citoyenneté active de la ville. D’ailleurs, Parthenay n’en est pas à ces premières armes dans ce domaine puisqu’elle est l’hôte de ces conférences depuis trois ans.

Les porteurs d’expériences et de réflexions étaient non seulement invités à présenter mais également à évaluer leurs propres expérimentations. La grille d’analyse proposée, axée sur les usages démocratiques des TIC, permettait d’évaluer comment les projets de développement et d’appropriation des TIC:

  • favorisent la citoyenneté active,
  • renforcent le lien social,
  • suscitent de nouvelles formes de rapports entre les citoyens, les citoyennes et les représentants politiques,
  • modifient la perception du territoire.

Les trois jours de conférences étaient organisés en fonction de ces objectifs. Ainsi, les rencontres devaient favoriser les échanges entre les intervenants, les intervenantes et contribuer à faire connaître les différents projets en cours. En guise d’accueil, nous avons eu droit à trois allocutions de «bienvenue» prononcées successivement par Michel Hervé, le maire de Parthenay, Mme Édith Cresson, Commissaire européen à la Commission de Bruxelles et par Véronique Kleck, Secrétaire Générale de VECAM. Les discours bien léchés à saveur «techno-utopiste» des deux représentants politiques ne nous réservaient aucune surprise.

Cependant, Mme Kleck a profité de l’occasion pour lancer un défi de taille à l’assemblée. Outre le désir de mieux connaître les usages sociaux des TIC existants, de confronter les enseignements et d’évaluer les pratiques, elle a énoncé des objectifs politiques très ambitieux pour cette troisième rencontre. En effet, elle a insisté sur l’importance de formuler des propositions d’orientations qui constitueront les fondements d’un réseau civique européen.

Le mandat était clair, nos échanges et nos réflexions devaient aboutir sur la formulation de propositions visant l’élaboration de politiques publiques pour promouvoir les usages sociaux et citoyens des TIC tout en limitant les risques afférents. Question de nous plonger dans le «bain numérique» rapidement, elle nous a immédiatement invité à participer à un «jeu de piste» dans la ville afin de découvrir les divers lieux et modes d’expérimentation et d’utilisation des TIC déjà en place à Parthenay.

Après quelques heures de «navigation» (réelle et virtuelle) dans la cité médiévale à la découverte de ces espaces habités pour l’occasion par les porteurs d’expériences, nous avons eu droit à un débat entre Joël de Rosnay, directeur des relations internationales de la cité des Sciences et de l’industrie de la Villette à Paris, Alain Ambrosi, de l’association internationale spécialisée dans la production audiovisuelle indépendante Videazimut à Montréal et de M. Nahon, directeur de la filiale européenne de l’entreprise Microsoft, Michel Hervé, le m