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Les logiciels libres : un choix pour les groupes communautaires ?

Volume 6, numéro 1 Septembre 2004

Sommaire :

  • Présentation
  • Le développement
  • Niveaux d’utilisation
  • Les logiciels libres dans le monde
  • Compatibilité entre le monde du « libre » et celui de l’entreprise
  • Le logiciel libre et le milieu communautaire
  • Formations et projets de Communautique basés sur les logiciels libres
  • Références

Présentation

Les logiciels libres (free software) font référence à quatre principes de base soit la liberté d’utiliser les logiciels, de les copier, de les modifier et de les redistribuer gratuitement ou non. Le code source, c’est-à-dire le code de programmation, est accessible aux développeurs et programmeurs qui peuvent l’étudier, l’adapter à leurs besoins et en publier des versions différentes gratuitement ou non. Par conséquent, l’accessibilité au code source est une condition essentielle.

Les partisans du logiciel libre ont une conception éthique basée sur des valeurs comme la liberté d’expression, le partage et l’humanisme. Le mouvement du logiciel libre peut être considéré comme puriste puisqu’il doit non seulement respecter les quatre principes fondamentaux mais il doit aussi être mis dans un environnement uniquement de logiciel libre.

Une certaine controverse est apparue au cours des dernières années entre les partisans du logiciel libre et les partisans d’un autre mouvement, appelé open source, davantage préoccupés par les aspects techniques et commerciaux. Malgré que le mouvement open source respecte aussi les quatre principes de base, il permet d’associer le logiciel libre à des logiciels propriétaires (ex: Linux Corel, la partie du système d’exploitation était en logiciel libre, mais la partie traitement de texte appartenait à Corel, logiciel propriétaire).

Ce mouvement open source a tenté, par son appellation, de se distinguer du terme « Free » (de free software) qui dénotait une ambiguïté dans sa double signification de « libre » et de « gratuit », pour se centrer sur le code source ouvert. Toutefois l’appellationopen source ne fait pas référence nécessairement à « libre ». Ainsi ce mouvement a donné naissance à différents types de licences octroyant différents droits. L’accès au code source devient alors davantage une forme de transparence qui permet aux développeurs de savoir vraiment ce qu’ils utilisent comme logiciel et de pouvoir, par exemple, créer des outils en bonne complémentarité avec le logiciel d’origine.

Les partisans des logiciels libres, de leur coté, avaient déjà créé leur propre licence de droit d’auteur, le copyleft (GNU GPL) par opposition au copyright. Ce copyleft implique que quiconque redistribue un logiciel, avec ou sans modifications, doit aussi nécessairement transmettre la liberté de le copier, de le modifier et de le distribuer.

Le développement

Le développement des logiciels libres se divise principalement en trois époques :

  • Développement du système Unix et partage informel des connaissances ;
  • Légalisation du concept de logiciel libre et premiers développements ;
  • De 1990 à aujourd’hui : la commercialisation des logiciels libres.

Développement du système Unix et partage informel des connaissances

Considérant les coûts du matériel dans les années 60, des systèmes furent conçus afin que plusieurs utilisateurs puissent y accéder et exécuter différentes applications en même temps. Cela permettait de ne posséder qu’un seul serveur central, très puissant et plusieurs terminaux à très faible capacité de calcul. Des systèmes multitâches, le plus populaire est le système Unix développé conjointement par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et certaines compagnies comme les laboratoires Bell.

À ses débuts, étant donné la quasi-inexistence d’une science informatique, le développement des logiciels se faisait sur une base coopérative et informelle. Souvent, le code source des logiciels était fourni par le fabricant du matériel informatique aux clients, et les utilisateurs, majoritairement des techniciens qualifiés, se partageaient leurs programmes afin d’optimiser l’exploitation des machines.

Légalisation du concept de logiciel libre et premiers développements

Dans les années 80, les coûts du matériel informatique diminuent, les ordinateurs personnels prennent naissance et commencent rapidement à inonder le marché. L’édition de logiciels en vient à représenter une source potentielle importante de profits. On commence à vendre les logiciels, tout en restreignant ou en empêchant la distribution de leur code source.

Certains réagissent vivement à cette pratique commerciale. C’est le cas de Richard Stallman, alors employé au Artificial Intelligence lab, du MIT. En 1984, il rend formel le processus de logiciel libre et démarre la création d’un système informatique «libre», où tous peuvent accéder au code source des logiciels et le modifier selon leurs besoins. Il nomme ce système « GNU ». Afin d’éviter que le code source de son programme soit intégré dans des logiciels « propriétaires », il crée une licence ne comportant pas les clauses traditionnelles associées au droit d’auteur : la GNU General Public Licence (GPL). Plutôt que de limiter la liberté de l’usager d’exécuter, de modifier ou de redistribuer le logiciel, cette licence impose à l’usager la seule contrainte de préserver ces mêmes libertés pour les usages futurs. Toute redistribution du logiciel doit être faite selon les termes de la même licence. Stallman propose le terme « copyleft» pour l’opposer au « copyright ». Dans la même foulée, Stallman fonde la free software Foundation afin d’amasser des fonds pour le développement du système GNU et la promotion du logiciel libre. Le succès est lancé et les années 80 voient les logiciels libres devenir plus populaires auprès des «utilisateurs-techniciens», notamment chez les administrateurs de réseaux.

De 1990 à aujourd’hui : la commercialisation des logiciels libres

A partir des années 90 on assiste à l’explosion de l’Internet et les logiciels libres font partie de cette révolution. Le système d’exploitation libre Linux créé en 1991 par l’étudiant finlandais Linus Torvalds, offre un nouveau noyau, sur lequel se greffent des logiciels libres développés par la free software Fondation de Richard Stallman. Pour pouvoir permettre un processus de collaboration efficace, Torvalds place son code sous la licence GPL. Plusieurs entreprises ont alors commencé à éditer des distributions, regroupant le noyau et de nombreux utilitaires et applications : Mandrake et Red Hat étant les plus populaires. Aujourd’hui, le système Linux est considéré comme une alternative aux systèmes propriétaires. Les logiciels libres en général sont amplement utilisés en tant que serveurs, par exemple pour les services web et plusieurs applications web sont créées et hébergées à l’aide de ces logiciels. Le développement de logiciels libres de bureautique permet maintenant de rejoindre les utilisateurs.

Niveaux d’utilisation

Il existe trois niveaux d’utilisation du logiciel libre combinant à la fois une utilisation de logiciels propriétaires et de logiciels libres, et une utilisation exclusive de logiciels libres.

Le premier est l’utilisation des serveurs en logiciel libre au niveau de l’infrastructure (réseaux locaux, réseau Internet). On peut trouver des serveurs web, comme le populaire serveur Apache ou des serveurs de fichiers ou d’imprimantes. On peut également classer dans cette catégorie un deuxième niveau d’utilisation soit les « applications web », souvent de type collaboratif, commePHPgroupware, Drupal, Spip ou Mailman. Celles-ci sont installées sur un serveur Internet et l’usager y accède à travers un fureteur web. Ainsi, il est possible d’utiliser un outil en libre sans avoir à changer de système d’exploitation propriétaire tel Windows ou Mac.

Les avantages de ces types d’utilisation comprennent entre autres la réduction des frais de licences et l’amélioration de la stabilité. Les difficultés résident dans le fait que l’étape de l’implantation demande des compétences techniques différentes de celles liées à l’administration d’un réseau propriétaire.

Un troisième niveau consiste en la possibilité d’utiliser des logiciels libres dans un environnement avec système d’exploitation propriétaire. La suite Open office peut facilement agir comme alternative à la suite bureautique Microsoft Office. Également, au niveau de la navigation sur Internet, on peut utiliser le logiciel Mozilla, qui est le pendant libre du populaire logiciel Netscape Communicator. Tout comme Netscape, Mozilla contient également un logiciel d’édition de page web, et un logiciel de messagerie (courrier électronique et forums Usenet).

Ces logiciels peuvent être utilisés sous Windows, ils sont faciles à installer et leur mise à jour est facilement accessible. Leur utilisation peut donc constituer une étape dans la transition vers un environnement complètement libre, car les utilisateurs seront déjà familiers avec certains des outils disponibles dans ce type d’environnement. Leur appropriation demandera cependant une période de formation qu’il faut prendre en considération. De plus, certains irritants demeurent associés aux logiciels de comptabilité lors de transferts de documents entre logiciels propriétaires et logiciels libres.

Enfin un autre niveau d’utilisation implique cette fois une transition complète vers le logiciel libre. Cela demande l’utilisation d’un système informatique complètement libre en commençant par un changement de système d’exploitation, tel que Linux et le transfert vers des logiciels d’utilisation courante (traitement de texte, navigateur, etc) développées pour l’environnement Linux. Plusieurs distributions sont disponibles pour installer facilement les différents systèmes, leur point d’entrée étant le portail de Linux. Les principaux avantages d’un tel système sont l’absence de frais de licences, la participation à un mouvement et une meilleure appropriation collective de la technologie. Cette utilisation amène toutefois des défis non négligeables telles la formation des utilisateurs et l’acquisition de différentes compétences techniques de l’administration du réseau en ce qui a trait à l’entretien du système et le support aux utilisateurs.

Le logiciel libre dans le monde

Les logiciels libres garantissent la liberté de les utiliser, de les redistribuer, de les modifier et ce dans le monde entier. Les utilisateurs peuvent traduire, améliorer et adapter leurs logiciels pour leurs propres besoins. Ainsi, le logiciel libre peut contribuer à assurer la protection des cultures locales, le multilinguisme, le développement et la conservation de l’information.

La popularité des systèmes d’exploitation libres est sans cesse grandissante dans le monde. Selon certaines données, ils occuperaient d’ailleurs la majorité de la part du marché des principaux serveurs Internet commerciaux et deux serveurs web sur trois fonctionneraient sous Linux.

De plus en plus de pays étudient les possibilités qu’offrent les logiciels libres. Certains gouvernements sont passés à l’action en adoptant des lois favorisant l’adoption de ces solutions d’avenir pour leur propre administration. Dans les pays en voie de développement on constate un mouvement important vers les technologies en libre. En effet, elles représentent une diminution des coûts, une plus grande liberté et ces pays ne rencontrent pas en général les difficultés de transfert d’un système propriétaire au libre, puisqu’ils développent leurs utilisations directement dans cet environnement.

Compatibilité entre le monde du « libre » et celui de l’entreprise

Les univers du logiciel libre et de l’entreprise semblent aux antipodes. Les entreprises ont généralement un point de vue négatif sur le logiciel libre et ce pour différentes raisons dont la notion de gratuité, couplée à une absence totale de marketing. Toutefois, la politique du logiciel libre se veut compatible et utile à la communauté économique.

D’abord, la maintenance des logiciels libres est généralement mieux assurée que celle des logiciels commerciaux. Grâce au réseau et à la multiplicité des intervenants, la réactivité aux problèmes qui surviennent est extrêmement grande et il est toujours possible de recourir à une maintenance personnalisée, adaptée à ses besoins, payante comme tout service, grâce à la disponibilité des codes sources. Ensuite, la pérennité peut être assurée par les entreprises elles-mêmes ou par un prestataire de leur choix, grâce également à la disponibilité des sources.

En ce qui concerne les qualités techniques, la fonctionnalité, la performance ou la fiabilité, les expériences, les évaluations et les comparaisons publiées démontrent que les logiciels libres sont souvent à égalité avec leurs concurrents commerciaux et souvent les dépassent nettement. Pour ce qui est de la compatibilité avec les standards du marché, les logiciels libres, fondés sur la coopération volontaire, intègrent le respect des normes les plus ouvertes et les plus répandues.

Le logiciel libre et le milieu communautaire

Pour les groupes associatifs et communautaires, la philosophie coopérative du logiciel libre constitue une solution informatique attrayante. Mais des éléments plus concrets peuvent justifier un tel changement, comme la philosophie du partage des connaissances et du code source en permettant et en encourageant les groupes à mettre en commun leurs efforts dans leur développement technique. Par exemple, si plusieurs groupes souhaitent une adaptation spécifique d’un logiciel, ils peuvent mobiliser des ressources financières ou humaines pour réaliser des applications spécifiques à leurs besoins.

Bien que les systèmes graphiques actuels de GNU/Linux soient très gourmands en ressources matérielles, il est possible de les configurer de façon à réduire au maximum les exigences en termes de puissance du matériel. L’utilisation de la technologie LTSP (Linux terminal-server project) permet de faire accomplir la plus grande partie du travail par un serveur central. Ainsi une seule machine performante peut alimenter toute une série de postes informatiques moins performants, évitant ainsi l’escalade des coûts reliée à l’acquisition d’ordinateurs sans cesse plus puissants.

La migration vers le logiciel libre permet de sortir d’une forme de dépendance envers un seul éditeur de logiciel (notamment Microsoft). L’utilisation des systèmes libres permettrait également un meilleur contrôle de sécurité et parfois une diminution du nombre de bogues.

Des efforts de sensibilisation doivent cependant être accomplis en matière d’accessibilité. De fait, pour faire profiter l’ensemble des utilisateurs, notamment les personnes handicapées, de cet univers collaboratif, les concepteurs devront se soucier davantage de développer des applications « libres » accessibles.

Formations et projets de Communautique basés sur les logiciels libres

Communautique met à l’épreuve les technologies en libre

Communautique possède un laboratoire informatique mobile constitué de portables. Ce laboratoire est configuré en double amorçage qui permet une cohabitation des distributions de Linux et de Windows. Communautique, afin de mieux étudier ces solutions informatiques et à l’instar d’autres groupes communautaires, utilise des logiciels libres pour son serveur de fichiers, son serveur web, son serveur FTP et son serveur de courriels. Communautique est à même de constituer un serveur en Linux terminal-server project (LTSP) permettant d’utiliser les postes informatiques comme terminaux, ceux-ci étant moins performants, et de les faire performer à la même vitesse que le serveur.

Une formation sur les logiciels libres

Le logiciel libre comme outil potentiel d’autonomie des groupes communautaires a suscité une exploration de son utilisation au cours des deux dernières années. Communautique a développé un atelier permettant aux participants de se familiariser avec cet univers. Une introduction au logiciel libre, son historique, une exploration de quelques logiciels développés en libre ainsi qu’un éclairage sur les avantages et les obstacles liés au transfert vers le logiciel libre pour les organismes communautaires est maintenant offerte sur une base régulière des formations.

Communautique est maintenant en mesure d’offrir des formations adaptées aux organismes pour des outils web en libre (outils collaboratifs, logiciel d’édition, forums) et d’offrir des alternatives pour héberger ces applications aux groupes qui souhaitent les explorer et les mettre en application sur une base régulière.

Ainsi, de plus en plus de gens se sensibilisent à l’utilisation des logiciels libres, apprennent à reconnaître ses avantages et s’outillent pour maximiser une utilisation des logiciels libres à leur plein potentiel.

Rédaction : Justine Côté, agente de recherche

Recherche : Justine Côté, agente de recherche, Roger Charbonneau, responsable des formations, Hugo Gervais, responsable informatique

Révision : Monique Chartrand, directrice générale, Élisabeth Caron, agente de communication

Mise en ligne : Catherine Valcourt, webmestre

Références

Complément à la formation de Communautique « Logiciel libre, pratiques et enjeux »

Le LabCMO, projet du Groupe de recherche sur les usages et cultures médiatiques en coopération avec le Département des Communications de l’Université du Québec

Le Projet GNU

McKenna, A.(2003), « Linux et la belle province : un pingouin dans l’écosystème québécois », Québec Micro, septembre, p. 12.

Le logiciel libre au sein des gouvernements, Secrétariat du Conseil du trésor, gouvernement du Québec.

EduLinux, ensemble complet, incluant un système d’exploitation et des logiciels, dont une suite bureautique, un fureteur web, des programmes multimédia créé par la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke pour les milieux de l’éducation et communautaire.

FACIL, Anciennement connu sous le nom de AQP3L, le FACIL se donne comme mandat de promouvoir directement ou indirectement, l’adoption, l’usage et la démocratisation de l’informatique libre et des standards ouverts sous-jacents au sein de la population du Québec et de ses diverses institutions publiques, ainsi qu’auprès des entreprises et des organismes.

2017-03-06T21:27:15+00:00