Volume 2, numéro 1, novembre 1999

Le milieu communautaire a depuis toujours une relation particulière avec les moyens de communication en général et les médias d’information en particulier.

Les différents moyens de communication sont autant d’outils à sa disposition afin de soutenir leur action. Les groupes ont toujours été très imaginatifs dans la recherche des moyens et des outils supportant leurs démarches, et ils ont en général de grands producteurs en matière d’outils de communication. Quand il s’agit de se faire entendre, ils n’hésitent pas à sortir les bannières, les tracts, les banderoles, à faire signer des pétitions ou à faire des «opérations-fax».

Pourtant, les médias traditionnels (presse et télévision surtout), ne donnent pas souvent au milieu communautaire toute l’attention ou la couverture qu’il mériterait.

Internet et le web n’échappent probablement pas à cette logique. Néanmoins, quelques expériences d’action communautaire via Internet méritent d’êtres soulignées, témoins du potentiel que réservent les inforoutes aux groupes populaires et communautaires.

Nous verrons dans ce CommInfo deux visions différentes de l’approche d’Internet par les groupes communautaires, à travers le «vécu virtuel» de Pierre-Yves Serinet, co-coordonnateur à Solidarité Populaire Québec (SPQ) et de Jean-Guy Aubé, responsable du Calendrier Militant. Merci à eux, ils nous donnent un certain éclairage, intéressant l’action et la concertation communautaire via Internet. En espérant que vous pourrez mieux vous forger une opinion sur la question de l’action et de la concertation via Internet.

À voir aussi le site consacré à l’Opération salAMI à propos de l’Accord Multilatéral sur l’Investissement.

Bonne lecture! :-)

Sommaire:

Rencontre avec Pierre-Yves Serinet, co-coordonnateur à SPQ

Solidarité Populaire Québec (SPQ) est un regroupement populaire dans tous les sens du mot. Communautique a rencontré Pierre-Yves Serinet, co-coordonnateur à SPQ afin de voir comment Internet pouvait appuyer l’action d’un regroupement, reconnu pour être très actif au niveau de la mobilisation et de la concertation.

SPQ a quinze ans. Depuis quand utilisez-vous Internet comme outil d’action communautaire?

Je travaille à SPQ depuis un peu plus d’un an. J’ai été en mesure néanmoins de constater qu’Internet n’était pas un outil utilisé fréquemment à SPQ, si ce n’est pour accéder à certains documents gouvernementaux par rapport auxquels nous avions à réagir. L’usage du courriel était un peu plus répandu, mais encore là, à ma connaissance, pas pour les fins de notre mission, c’est-à-dire pour nos membres. Aucune liste des courriels de nos membres, ou sympathisants, (plus de 800 au total, tous ne disposant pas de courriel par contre), n’avait été systématisée. La chose est maintenant faite. Si plusieurs groupes disposent de courriel, on n’en est pas toujours informé.

Le courrier électronique offre deux avantages important pour un regroupement. Il favorise une circulation rapide de l’information et il permet de réduire certains coûts, notamment ceux liés à la poste et aux appels interurbains. Ceci vaut également pour les groupes membres, car ceux-ci peuvent épargner des coûts d’impression par fax, les documents étant imprimés en fonction de leur pertinence. Voilà pour le volet économique.

Parlons un peu des usages liés à la concertation et l’action communautaire. Comment le courriel peut-il soutenir ces actions?

Pour l’instant, nous en sommes à l’étape d’une utilisation à des fins de circulation d’information. Encore là, il reste beaucoup de travail à abattre afin de systématiser nos listes par courriel: nous n’avons pas l’adresse de tous nos membres, quoique nous soupçonnons que tous en ont une. Nous sommes aussi à l’étape de nous assurer que ceux qui reçoivent nos documents (en pièce-jointe) peuvent effectivement les lire. Non seulement tout le monde ne dispose pas d’un courriel, mais encore tous n’utilisent pas le même logiciel, ce qui reste un obstacle majeur. Bien sûr, envoyer le contenu des documents à l’intérieur du message résout le problème, mais souvent nos documents exigent une mise en forme.

Cela relève tout simplement, à mon avis, de la nécessité de consolider notre image «institutionnelle» (mot galvaudé s’il en est un!) et le sentiment d’appartenance des membres à la coalition (ce qui est fondamental pour une coalition comme la nôtre). Il est donc très difficile d’être certain à 100% que les messages attachés se rendent. Nous en sommes actuellement à l’étape de sonder quel format est le plus pratique pour la majorité. Entre autres, le format PDF (Acrobat) est sans doute le meilleur, mais malheureusement nous n’avons pas les moyens de se payer le logiciel de création au moment où l’on se parle…Pour répondre directement à votre question, nous n’en sommes pas rendu à penser le courriel comme un lieu de débat ou de concertation. La stratégie de communication dans ce sens est encore trop jeune. Pour l’instant, c’est un moyen d’information (encore déficient).

Est-il efficace de se servir d’Internet pour envoyer une pétition, un communiqué, un bulletin,…? Si oui, à quelles conditions?

En ce qui a trait à notre bulletin de liaison (Info-SPQ), son envoi par courriel cause encore problème (comme souligné dans le point précédent). Il est néanmoins disponible sur notre site web, bien que de ce fait, il perd son format original avec les effets secondaires qui en découlent. Encore là, lorsqu’on se dotera des outils nécessaires (comme Acrobat), il sera possible pour les visiteurs (autant les membres que la population en général), de télécharger le document tel qu’il apparaît originalement. Il faut préciser que le site de SPQ en est un de contenu. Aussi, le fait que le contenu de notre bulletin s’y trouve satisfait pour l’instant notre préoccupation que l’information circule. D’ailleurs, c’est par le biais de Info-SPQ que circulent entre autres les pétitions et autres outils de pression (lettre-type, etc.). Aussi, les visiteurs sur le site n’ont qu’à récupérer le contenu, se l’approprier et le mettre dans leur mot (lorsqu’ils ont le temps), le mettre en forme à leur manière (en ajoutant souvent leur logo d’organisation), et l’acheminer à la cible identifié. En ce sens, si nous réussissions à mettre notre bulletin en PDF, nous le laisserons toujours en html afin que les intéressé-e-s puissent le récupérer à leur guise. Évidemment, on n’a pas de contrôle sur si nos membres connaissent suffisamment Internet pour savoir qu’ils peuvent faire tout simplement un «copier-coller». À mon sens, plus de formation à cet égard est nécessaire.

Évidemment, le fait de pouvoir copier nos documents peut causer problème car quelqu’un de mal intentionné pourrait décider de les modifier. La stratégie est bonne pour les pétitions, lettre-type, et autres, mais pour nos documents «institutionnels», où l’on retrouve nos positions collectives officielles, il y a des risques dont on est conscient… Mais il semble que tout le monde est dans le même bateau à cet égard: personne n’y échappe…

En ce qui concerne les communiqués, ils sont aussi sur notre site Internet (encore à titre d’info pour les membres). Mais ce qui est plus intéressant à débattre, c’est comment utiliser Internet ou le courriel pour faire parvenir nos communiqués aux médias, à moindre coût que par Telbec ou par Fax. À première vue, cela serait fort pratique mais j’avoue ne pas savoir comment m’y prendre, et crois qu’il y a toujours une incertitude quant aux façons de fonctionner des médias: Ont-ils tous intégré les nouvelles technologies afin de gérer l’information, ou s’accrochent-ils toujours au Telbec, ou sont-ils en transition comme nous? Je n’ai pas de réponse à ces questions, et tant que je n’en ai pas, nous continuerons à utiliser Telbec, quoique évidemment, à cause des coûts, on doit limiter cet usage. Internet nous permettrait de faire savoir nos opinions et positions beaucoup plus souvent.

Depuis quand SPQ a t-il un site, que pensez-vous accomplir en terme de visibilité et quel public voulez-vous rejoindre?

Le site existe depuis le 25 octobre 1999. Il est destiné tant aux membres qu’à la population en général (ceux et celles qui ont les «moyens» de participer à cette «démocratie virtuelle»…) Vous savez sans doute que SPQ se veut un lieu de concertation, de réflexion et d’analyses communes, d’une part, d’un lieu d’action commune d’autre part, et finalement un lieu de sensibilisation et d’éducation populaire. Les trois dimensions sont interreliées, mais les deux dernières renvoient plus particulièrement à ce que SPQ veut être: un mouvement de masse. Aussi, il est clair que par Internet, entre autres, nous visons à faire atterrir les débats sociétaux dans la population.

Évidemment, il peut arriver un moment où une information à nos membres n’est pas pertinente pour la population dans son ensemble. Le site Internet n’est donc pas le meilleur moyen pour circuler TOUTE l’information auprès de nos membres. Le courriel reste important à cet égard. Déjà on le voit, certains Info-SPQ, de mémoire le dernier de juin 1999, n’est d’aucun intérêt pour le public large puisqu’il s’agit de décisions internes à SPQ. Il faudra donc éventuellement peaufiner notre stratégie et discerner nos documents selon le public visé…

On trouve sur le site le bulletin SPQ, que plusieurs groupes reçoivent par télécopieur. Qu’est-ce qui vous pousse à en faire une version disponible sur le Web?

Par mes propos antérieurs, on peut le deviner très bien: couper les coûts, rendre plus agile la circulation de l’information, et rendre le bulletin disponible à un plus grand public possible. Un fait non négligeable: puisque nous envoyons le Info-SPQ à plus de 800 groupes, cela bloque un ordinateur pour au moins 3 jours, sans compter qu’il faut ensuite reprendre les envois échoués. Beaucoup d’énergie et temps de travail perdu pour ce faire. Un élément aussi que j’avais oublié: SPQ est une coalition qui rassemble nombre de regroupements nationaux, qui eux-mêmes ont des membres.

On suggère à ces regroupements qu’ils diffusent le Info-SPQ dans leur propre réseau. Dès lors qu’ils doivent le faire à partir d’un fax papier, souvent avec une lisibilité réduite, «à la mitaine» de surcroît, il est compréhensible qu’ils ne le font pas toujours (c’est ce qui explique entre autres que nous avons une liste d’envoi de plus de 800 groupes, plusieurs desquels sont membres d’un regroupement ou d’un autre). Aussi, s’il disposent d’une copie électronique du Info-SPQ (par courriel), cela facilitera grandement la multiplication du Info-SPQ dans les réseaux.

Sous la bannière SPQ en campagne, vous menez différentes actions de mobilisation et concertation. Quel public voulez-vous joindre? Dans un monde idéal, en quoi un tel forum pourrait servir à faire avancer les dossiers que vous jugez importants?*

Sous cette bannière, nous voulons sensibiliser, informer, former, et inviter la population large (de laquelle fait évidemment partie nos membres et sympathisants), à poser des gestes. Internet est un premier espace, lequel informe de d’autres espaces d’information. Pour ce qui est du forum, nous visons à créer des espaces de débats, souvent absents à cause du rythme effréné de la société. Les débats sont la base de toute action collective. Mais avant le débat, il faut disposer d’information, et souvent de formation. Tel est le but visé par le médium Internet, ce qui ne peut que contribuer à notre mission de transformation sociale. Concrètement, dans un monde idéal comme vo