Volume1, numéro triple 4-5-6, Décembre 1997, Janvier – Février 1998

À l’instar de la population, les groupes communautaires du Québec investissent de plus en plus Internet. Personne ne saurait dire précisément combien de groupes sont actuellement branchés mais à travers les activités de Communautique, nous constatons qu’ils sont de plus en plus nombreux à l’être ou à envisager prochainement de l’être.

Ainsi, le développement d’une «inforoute communautaire» est bel et bien enclenché. On compte actuellement au moins une quinzaine d’initiatives communautaires liés à ce développement, probablement même plus. Chacune laisse entrevoir de nouveaux usages, des nouvelles possibilités de diffusion, d’action et de concertation. Chacune se heurte aussi à des obstacles. Nous vous proposons dans le texte qui suit une brève présentation de six projets communautaires de télématique, un portrait qui n’a rien d’exhaustif mais qui donne certainement la mesure du potentiel communautaire sur les inforoutes. Nous vous présentons également quelques expériences américaines et européenne.

Avec son premier Forum qui débute et qui permettra aux groupes de discuter de leurs expériences en télématique, Communautique espère contribuer à la synergie entre les projets et l’émergence de nouvelles expériences.

 

Internet Alpha

L’espace francophone en alphabétisation sur le Web

Le projet Internet Alpha va permettre la création d’un espace francophone en alphabétisation sur le Web. Il s’agit d’un projet pan-canadien proposé par les ministères ontarien et québécois de l’Éducation et par le Secrétariat national à l’alphabétisation. Le volet québécois est piloté par le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF).

Ce projet, dont le premier volet s’échelonne sur trois ans, en est encore à la phase de démarrage, puisque le travail n’a réellement commencé qu’en octobre. Internet Alpha rejoint deux types d’organismes qui oeuvrent, chacuns à leur manière, dans le domaine de l’alphabétisation: les groupes populaires et le secteur de l’éducation des adultes des commissions scolaires. Dans le premier cas, il s’agit d’environ 130 groupes, répartis sur tout le territoire québécois, dont les moyens sont, pour la grande majorité, très modestes. Une étude des besoins, réalisée en 1995, a montré un taux de branchement à Internet très faible parmi ces groupes. Les centres d’alphabétisation des commissions scolaires sont un peu mieux pourvus mais demeurent néanmoins sous-équipés.

Équipements et branchement à Internet

Dans le courant de l’automne 1997, une consultation auprès des 130 groupes populaires a montré que moins d’une quinzaine d’entre eux disposaient d’équipements informatiques jugés suffisamment puissants pour la participation au projet. L’une des premières tâches du projet Internet Alpha sera d’équiper en modems, en mémoire et en ordinateurs les autres groupes.

Mais le principal obstacle à surmonter pour la réussite du projet demeure le branchement des groupes éloignés des grands centres et de ceux qui ont peu de moyens financiers. Les fournisseurs d’accès Internet (FAI) en région sont rares. Leurs tarifs sont élevés et leur fiabilité, parfois douteuse… Le CDEACF souhaite donc actuellement, avec d’autres projets communautaires de télématique, élaborer et faire financer un projet d’accès gratuit pour tous les groupes communautaires du Québec. CAM Internet, un FAI sans but lucratif qui offre déjà l’accès gratuit aux groupes communautaires montréalais, serait intéressé à participer au déploiement de l’accès gratuit dans toutes les régions. Il s’agit donc d’un dossier à suivre de près…

Formation des groupes

Internet Alpha va offrir un soutien technique au branchement et des sessions de formation sur mesure pour les participants (groupes populaires et commissions scolaires). On songe bien entendu à une initiation à Internet et au courriel mais aussi, à des formations plus spécifiques quant à l’utilisation de la télématique dans une démarche d’alphabétisation et à l’évaluation de sites en fonction de leur valeur pédagogique pour l’alpha. D’autres formations suivront sur la diffusion de contenus sur le Web.

Pour la logistique des formations, le CDEACF examine la possibilité d’utiliser les ressources des Cegeps. En effet, plusieurs collèges songent à rendre disponibles aux groupes communautaires leurs laboratoires d’informatique.

Le site francophone de l’alphabétisation

Bien que plusieurs arrimages restent à faire avec les partenaires ontariens, Internet Alpha s’engage dans la construction d’un site dont la première version sera inaugurée le 8 septembre 1998, lors de la Journée internationale de l’alphabétisation. Deux grands volets de ce site se dessinent: un espace qui s’adresse aux intervenantes et aux intervenants, où l’on trouvera des ressources et des lieux d’échanges; un autre spécifiquement destiné aux apprenants et aux apprenantes. Le CDEACF compte diffuser sur ce site les bases de données qu’il a élaborées au cours des années sur l’alphabétisation.

Contrairement à ce qui se fait dans plusieurs autres projets communautaires, Internet Alpha ne vise pas à ce que chaque groupe qui participe au projet ait sa propre vitrine sur le Web. Le site principal misera davantage sur la diversité des groupes, sur les approches différentes, les clientèles particulières ou encore, les problématiques propres à chacune des régions afin d’offrir un contenu ayant une valeur pédagogique, plutôt que purement promotionnelle. Les groupes les plus dynamiques sur Internet seront invités à partager leurs découvertes et leurs expériences. On espère ainsi créer un effet d’entraînement qui poussera de plus en plus de groupes à fournir à leur tour des contenus originaux et à présenter de nouveaux usages pédagogiques de la télématique.

Alors que l’on anticipait certaines réticences des groupes populaires d’alphabétisation à l’égard du projet Internet, il semble au contraire que la majorité montre un intérêt très réel. Les groupes voient en effet des applications immédiates à ce nouvel outil d’enseignement. On croit notamment que l’utilisation d’Internet sera un important facteur de motivation pour les personnes en démarche d’alphabétisation, parce qu’en entrant sur Internet, ces personnes auront le sentiment de devenir un peu plus des citoyennes et des citoyens à part entière.

Le Carrefour des organismes communautaires et bénévoles du Québec de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)

La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) constitue une large coalition de 30 regroupements provinciaux d’organismes oeuvrant autour d’une même problématique reliée à la santé et aux services sociaux, ainsi que 16 Tables régionales d’organismes communautaires (TROC), à l’échelle du Québec. La TRPOCB est devenue, pour les groupes communautaires, le lieu de concertation par excellence pour tout ce qui touche à la santé et aux services sociaux.

Le projet Internet de la Table, le Carrefour des organismes communautaires et bénévoles du Québec, a démarré en avril 1996, grâce au financement du FAI. La quasi-totalité des regroupements et des TROC (42 sur 45) participe au projet. Il s’agit d’un groupe de partenaires très diversifié, tant par leurs missions que par leurs moyens. Au départ, à peine quelques-uns de ces organismes étaient branchés à Internet.

Le projet a permis la mise à jour des équipements informatiques de chacun des partenaires. Une formation sur l’environnement informatique et une initiation à Internet a été donnée aux groupes réunis à Montréal et par la suite, un formateur a entrepris une tournée qui l’amène deux jours dans chaque groupe pour parfaire la formation.

Un site central et des sites locaux

Le site central du Carrefour a été placé sur le Web (www.trpocb.cam.org). L’équipe du projet s’attèle maintenant à la construction des sites des 42 partenaires, des sites construits à partir d’une même maquette et qui seront livrés «clé-en-main» aux groupes. Trois de ces sites sont actuellement intégrés au Carrefour et près d’une vingtaine d’autres attendent le feu vert final des groupes pour ouvrir leur porte. Par la suite, les mises à jour seront assurées par chaque organisme.

Au départ, les organismes soulevaient certaines craintes et certains doutes: manque de temps; autres priorités d’action… «Plusieurs organismes associaient plutôt Internet à un loisir» selon Caroline Gord, coordonnatrice du projet. Il y a donc eu une période d’adaptation. Aujourd’hui, le scepticisme a cédé la place à l’enthousiasme.

D’un regroupement à l’autre, selon leur mission, la perception de l’utilité d’un site Internet comme vitrine promotionnelle varie beaucoup. Tous les partenaires semblent toutefois avoir trouvé leur compte à l’intérieur du réseau d’échange interne, l’espace du Carrefour réservé aux groupes du projet. Bien que les responsables aient dû forcer certaines mains au départ, aujourd’hui, la télématique est devenue, au sein de la TRPOCB, le principal moyen de communication. Finis, les procès-verbaux sur papier ou les convocations par la poste. Tout se passe sur l’espace privé du site ou par courriel. Caroline Gord se réjouit encore d’un concours de circonstances qui a favorisé l’utilisation de la télématique. La récente grève des postes a en effet permis aux groupes d’intégrer ce nouvel outil à leurs habitudes de communication. La tournée du ministre Rochon a aussi fourni matière à des discussions par courriel bien nourries.

Pour une Coalition dont les membres sont répartis aux quatre coins du Québec, où le quotidien est fait de concertation, de consultations, d’analyses, de revendications ou de représentations, la télématique est très vite devenue l’outil de communication privilégié. Le Carrefour semble tomber à point pour les partenaires de la TRPOCB, alors que plusieurs réformes gouvernentales en cours touchent directement la Table et que la concertation entre les groupes apparaît plus essentielle que jamais.

TIM, le babillard au service des réfugiés et des nouveaux arrivants

En 1995, peu de temps avant que les mots Web et Internet fassent partie du quotidien, la Table de concertation des organismes de Montréal au service des réfugiés (TCOMSR) mettait sur pied le réseau Tabl’Info Montréal (TIM), un babillard électronique au service des groupes qui oeuvrent auprès des réfugiés ou des nouveaux arrivants.

Le babillard électronique, exploité avec le logiciel First Class sur le serveur montréalais Babylon, offre des fonctions d’échanges télématiques fort respectables, très simples à utiliser, à un coût plus qu’abordable.

Les groupes membres de la Table ont pu se brancher sur le réseau TIM avec des ordinateurs que certains qualifieraient aujourd’hui de désuets et des modems tellement lents que bien d’autres les enverraient aux rebus. En mode texte, la puissance et la rapidité importent peu. Le babillard permet ainsi d’échanger des écrits et TIM le f