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///Nouvelles pratiques, nouveaux usages : Quelques-unes des expériences communautaires de télématique

Nouvelles pratiques, nouveaux usages : Quelques-unes des expériences communautaires de télématique

Volume1, numéro triple 4-5-6, Décembre 1997, Janvier – Février 1998

À l’instar de la population, les groupes communautaires du Québec investissent de plus en plus Internet. Personne ne saurait dire précisément combien de groupes sont actuellement branchés mais à travers les activités de Communautique, nous constatons qu’ils sont de plus en plus nombreux à l’être ou à envisager prochainement de l’être.

Ainsi, le développement d’une «inforoute communautaire» est bel et bien enclenché. On compte actuellement au moins une quinzaine d’initiatives communautaires liés à ce développement, probablement même plus. Chacune laisse entrevoir de nouveaux usages, des nouvelles possibilités de diffusion, d’action et de concertation. Chacune se heurte aussi à des obstacles. Nous vous proposons dans le texte qui suit une brève présentation de six projets communautaires de télématique, un portrait qui n’a rien d’exhaustif mais qui donne certainement la mesure du potentiel communautaire sur les inforoutes. Nous vous présentons également quelques expériences américaines et européenne.

Avec son premier Forum qui débute et qui permettra aux groupes de discuter de leurs expériences en télématique, Communautique espère contribuer à la synergie entre les projets et l’émergence de nouvelles expériences.

 

Internet Alpha

L’espace francophone en alphabétisation sur le Web

Le projet Internet Alpha va permettre la création d’un espace francophone en alphabétisation sur le Web. Il s’agit d’un projet pan-canadien proposé par les ministères ontarien et québécois de l’Éducation et par le Secrétariat national à l’alphabétisation. Le volet québécois est piloté par le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF).

Ce projet, dont le premier volet s’échelonne sur trois ans, en est encore à la phase de démarrage, puisque le travail n’a réellement commencé qu’en octobre. Internet Alpha rejoint deux types d’organismes qui oeuvrent, chacuns à leur manière, dans le domaine de l’alphabétisation: les groupes populaires et le secteur de l’éducation des adultes des commissions scolaires. Dans le premier cas, il s’agit d’environ 130 groupes, répartis sur tout le territoire québécois, dont les moyens sont, pour la grande majorité, très modestes. Une étude des besoins, réalisée en 1995, a montré un taux de branchement à Internet très faible parmi ces groupes. Les centres d’alphabétisation des commissions scolaires sont un peu mieux pourvus mais demeurent néanmoins sous-équipés.

Équipements et branchement à Internet

Dans le courant de l’automne 1997, une consultation auprès des 130 groupes populaires a montré que moins d’une quinzaine d’entre eux disposaient d’équipements informatiques jugés suffisamment puissants pour la participation au projet. L’une des premières tâches du projet Internet Alpha sera d’équiper en modems, en mémoire et en ordinateurs les autres groupes.

Mais le principal obstacle à surmonter pour la réussite du projet demeure le branchement des groupes éloignés des grands centres et de ceux qui ont peu de moyens financiers. Les fournisseurs d’accès Internet (FAI) en région sont rares. Leurs tarifs sont élevés et leur fiabilité, parfois douteuse… Le CDEACF souhaite donc actuellement, avec d’autres projets communautaires de télématique, élaborer et faire financer un projet d’accès gratuit pour tous les groupes communautaires du Québec. CAM Internet, un FAI sans but lucratif qui offre déjà l’accès gratuit aux groupes communautaires montréalais, serait intéressé à participer au déploiement de l’accès gratuit dans toutes les régions. Il s’agit donc d’un dossier à suivre de près…

Formation des groupes

Internet Alpha va offrir un soutien technique au branchement et des sessions de formation sur mesure pour les participants (groupes populaires et commissions scolaires). On songe bien entendu à une initiation à Internet et au courriel mais aussi, à des formations plus spécifiques quant à l’utilisation de la télématique dans une démarche d’alphabétisation et à l’évaluation de sites en fonction de leur valeur pédagogique pour l’alpha. D’autres formations suivront sur la diffusion de contenus sur le Web.

Pour la logistique des formations, le CDEACF examine la possibilité d’utiliser les ressources des Cegeps. En effet, plusieurs collèges songent à rendre disponibles aux groupes communautaires leurs laboratoires d’informatique.

Le site francophone de l’alphabétisation

Bien que plusieurs arrimages restent à faire avec les partenaires ontariens, Internet Alpha s’engage dans la construction d’un site dont la première version sera inaugurée le 8 septembre 1998, lors de la Journée internationale de l’alphabétisation. Deux grands volets de ce site se dessinent: un espace qui s’adresse aux intervenantes et aux intervenants, où l’on trouvera des ressources et des lieux d’échanges; un autre spécifiquement destiné aux apprenants et aux apprenantes. Le CDEACF compte diffuser sur ce site les bases de données qu’il a élaborées au cours des années sur l’alphabétisation.

Contrairement à ce qui se fait dans plusieurs autres projets communautaires, Internet Alpha ne vise pas à ce que chaque groupe qui participe au projet ait sa propre vitrine sur le Web. Le site principal misera davantage sur la diversité des groupes, sur les approches différentes, les clientèles particulières ou encore, les problématiques propres à chacune des régions afin d’offrir un contenu ayant une valeur pédagogique, plutôt que purement promotionnelle. Les groupes les plus dynamiques sur Internet seront invités à partager leurs découvertes et leurs expériences. On espère ainsi créer un effet d’entraînement qui poussera de plus en plus de groupes à fournir à leur tour des contenus originaux et à présenter de nouveaux usages pédagogiques de la télématique.

Alors que l’on anticipait certaines réticences des groupes populaires d’alphabétisation à l’égard du projet Internet, il semble au contraire que la majorité montre un intérêt très réel. Les groupes voient en effet des applications immédiates à ce nouvel outil d’enseignement. On croit notamment que l’utilisation d’Internet sera un important facteur de motivation pour les personnes en démarche d’alphabétisation, parce qu’en entrant sur Internet, ces personnes auront le sentiment de devenir un peu plus des citoyennes et des citoyens à part entière.

Le Carrefour des organismes communautaires et bénévoles du Québec de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)

La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) constitue une large coalition de 30 regroupements provinciaux d’organismes oeuvrant autour d’une même problématique reliée à la santé et aux services sociaux, ainsi que 16 Tables régionales d’organismes communautaires (TROC), à l’échelle du Québec. La TRPOCB est devenue, pour les groupes communautaires, le lieu de concertation par excellence pour tout ce qui touche à la santé et aux services sociaux.

Le projet Internet de la Table, le Carrefour des organismes communautaires et bénévoles du Québec, a démarré en avril 1996, grâce au financement du FAI. La quasi-totalité des regroupements et des TROC (42 sur 45) participe au projet. Il s’agit d’un groupe de partenaires très diversifié, tant par leurs missions que par leurs moyens. Au départ, à peine quelques-uns de ces organismes étaient branchés à Internet.

Le projet a permis la mise à jour des équipements informatiques de chacun des partenaires. Une formation sur l’environnement informatique et une initiation à Internet a été donnée aux groupes réunis à Montréal et par la suite, un formateur a entrepris une tournée qui l’amène deux jours dans chaque groupe pour parfaire la formation.

Un site central et des sites locaux

Le site central du Carrefour a été placé sur le Web (www.trpocb.cam.org). L’équipe du projet s’attèle maintenant à la construction des sites des 42 partenaires, des sites construits à partir d’une même maquette et qui seront livrés «clé-en-main» aux groupes. Trois de ces sites sont actuellement intégrés au Carrefour et près d’une vingtaine d’autres attendent le feu vert final des groupes pour ouvrir leur porte. Par la suite, les mises à jour seront assurées par chaque organisme.

Au départ, les organismes soulevaient certaines craintes et certains doutes: manque de temps; autres priorités d’action… «Plusieurs organismes associaient plutôt Internet à un loisir» selon Caroline Gord, coordonnatrice du projet. Il y a donc eu une période d’adaptation. Aujourd’hui, le scepticisme a cédé la place à l’enthousiasme.

D’un regroupement à l’autre, selon leur mission, la perception de l’utilité d’un site Internet comme vitrine promotionnelle varie beaucoup. Tous les partenaires semblent toutefois avoir trouvé leur compte à l’intérieur du réseau d’échange interne, l’espace du Carrefour réservé aux groupes du projet. Bien que les responsables aient dû forcer certaines mains au départ, aujourd’hui, la télématique est devenue, au sein de la TRPOCB, le principal moyen de communication. Finis, les procès-verbaux sur papier ou les convocations par la poste. Tout se passe sur l’espace privé du site ou par courriel. Caroline Gord se réjouit encore d’un concours de circonstances qui a favorisé l’utilisation de la télématique. La récente grève des postes a en effet permis aux groupes d’intégrer ce nouvel outil à leurs habitudes de communication. La tournée du ministre Rochon a aussi fourni matière à des discussions par courriel bien nourries.

Pour une Coalition dont les membres sont répartis aux quatre coins du Québec, où le quotidien est fait de concertation, de consultations, d’analyses, de revendications ou de représentations, la télématique est très vite devenue l’outil de communication privilégié. Le Carrefour semble tomber à point pour les partenaires de la TRPOCB, alors que plusieurs réformes gouvernentales en cours touchent directement la Table et que la concertation entre les groupes apparaît plus essentielle que jamais.

TIM, le babillard au service des réfugiés et des nouveaux arrivants

En 1995, peu de temps avant que les mots Web et Internet fassent partie du quotidien, la Table de concertation des organismes de Montréal au service des réfugiés (TCOMSR) mettait sur pied le réseau Tabl’Info Montréal (TIM), un babillard électronique au service des groupes qui oeuvrent auprès des réfugiés ou des nouveaux arrivants.

Le babillard électronique, exploité avec le logiciel First Class sur le serveur montréalais Babylon, offre des fonctions d’échanges télématiques fort respectables, très simples à utiliser, à un coût plus qu’abordable.

Les groupes membres de la Table ont pu se brancher sur le réseau TIM avec des ordinateurs que certains qualifieraient aujourd’hui de désuets et des modems tellement lents que bien d’autres les enverraient aux rebus. En mode texte, la puissance et la rapidité importent peu. Le babillard permet ainsi d’échanger des écrits et TIM le fait très efficacement depuis trois ans. L’abonnement coûte moins de 40$ par an!

L’initiateur du projet, Stephan Reichhold de la TCOMSR, souligne que dans le domaine de la défense des droits des immigrants ou des réfugiés, les groupes populaires doivent consacrer des efforts considérables s’ils veulent suivre toutes les informations essentielles à leur travail. «Nous les bombardions de faxs» dit-il.

Le babillard permet à la Table de mieux traiter l’information et de la classer. On y retrouve notamment des sections sur l’actualité, sur les affaires administratives de la Table, sur les politiques et les procédures ou encore, sur le reste du monde. Le responsable s’alimente à différentes sources, des revues de presse, des sites Internet, etc. L’information est donc retravaillée, organisée et fréquemment mise à jour. Les groupes qui accèdent au babillard peuvent prendre ce qui les intéresse au moment qui leur convient.

Grâce à une passerelle entre Babylon et Internet, les abonnés de TIM disposent chacun d’une adresse courriel. Ils peuvent donc, de la même façon que les groupes branchés à Internet, recevoir et envoyer du courrier électronique et participer aux listes de discussion qui les intéressent.

Les groupes qui utilisent TIM peuvent aussi déposer sur le babillard les textes qu’ils veulent partager avec leurs pairs. Jusqu’à présent cependant, ils consomment bien davantage de contenus qu’ils n’en diffusent.

Encore des réticences…

À mesure qu’Internet gagnait en popularité, les responsables de la Table se sont demandés à quelques reprises s’il ne serait pas opportun de faire le saut du babillard au Web. Étant donné les coûts, le babillard demeure imbattable pour combler les besoins des membres de la Table. TIM continue donc à jouer efficacement son rôle, sans superflu et à bon compte.

Curieusement cependant, le nombre d’utilisateurs, qui a rapidement grimpé à une vingtaine après le lancement, plafonne aujourd’hui autour de 25 groupes, alors que la TCOMSR en compte près d’une centaine. La Table doit donc s’astreindre à des communications à deux vitesses: le babillard pour les branchés et les moyens conventionnels pour les autres.

Malgré des coûts à la portée de tous, le branchement des groupes nécessite un soutien technique et un minimum de formation. Stephan Reichhold sent aussi des hésitations chez les groupes, liées au manque de temps, au fait que souvent, les groupes ne disposent que d’un seul ordinateur et qu’il est déjà très utilisé, ou encore, pour plusieurs intervenant-e-s, à une certaine technophobie. «Il y aurait un travail de sensibilisation à faire auprès de ces groupes mais nous sommes, nous aussi, limités par les contraintes du quotidien».

Face au plafonnement du nombre d’abonnés à TIM, la Table s’interroge. On a même songé à laisser tomber l’expérience mais cette idée a soulevé un tollé de la part des groupes qui utilisent le service et qui ne peuvent plus s’en passer! Stephan Reichhold espère donc trouver un peu de temps pour reprendre le flambeau et convaincre ses membres non-branchés de l’utilité du babillard.

Le Réseau de protection du consommateur (RPC)

Projet piloté par l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de l’Est de Montréal, le Réseau de protection du consommateur (RPC) va regrouper au sein d’un site Web grand public une trentaine d’associations de consommateurs de toutes les régions du Québec. L’inauguration est prévue pour avril 1998. Les internautes trouveront à l’adresse www.consommateur.qc.ca des informations à jour, répertoriées sous seize rubriques regroupant les grands secteurs de la consommation. Le site est conçu pour que les consommatrices et les consommateurs s’y retrouvent facilement, qu’ils ou elles aient réellement le sentiment d’entrer dans un espace réseau homogène et dynamique.

L’édition HTML en ligne

Cette orientation se traduit par la mise au point d’une mécanique qui facilite au maximum la participation des associations à la création des contenus. Il s’agit de programmes «sur mesure» qui permettent aux associations membres du RPC de rédiger en ligne tous leurs contenus en utilisant une série de menus et de cases de saisie. Aucune compétence en HTML n’est requise. Le programme modifie automatiquement l’ensemble des rubriques du site en fonction des ajouts ou des retraits. Cette convivialité ne se limite pas uniquement au texte. Diverses fonctions, tels l’ajout d’images, d’hyperliens, de sondages, de quizz dynamiques, de listes d’abonnement, etc., sont disponibles. Ainsi, une mise à jour hebdomadaire est possible, en y consacrant un minimum d’énergie.

Une occasion de se brancher

La grande majorité des associations de consommateurs 1 ont saisi l’opportunité qui leur était offerte et se sont branchées à Internet. Le projet leur a offert une formation de base sur Internet et sur la construction et la mise à jour de leur site. Les groupes disposant d’équipements désuets ou moins performants ont reçu une aide financière pour acquérir un ordinateur.

La télématique au service du mouvement

Outre la création du site RPC, le projet va permettre aux associations de bénéficier des applications de la télématique dans leur travail quotidien. Elles pourront entre elles, à l’intérieur d’un espace réservé du site, partager efficacement les informations traitant de consommation, lancer des mots d’ordre, des «appels à tous», travailler conjointement sur des dossiers, etc…

Leur travail d’enquête ou de recherche sera plus efficace grâce à l’utilisation des ressources d’Internet. Le RPC discute actuellement avec l’Office de protection du consommateur (OPC) afin que les associations membres aient accès à l’Intranet de l’OPC: dossier des plaintes, répertoire des entreprises, etc. Le réseau fournira donc des outils pour améliorer l’efficacité des associations et la complémentarité de leur travail avec celui de l’OPC.

Finalement, les associations souhaitent participer à des forums privés portant, par exemple, sur les enjeux de financement ou encore, sur le RPC lui-même. Ce Réseau n’existant que sur le Web, les associations devront s’entendre sur son financement et sur des mécanismes décisionnels qui assureront son maintien et son développement. Certains voient déjà naître un nouvel organisme dont la vie associative se déroulerait entièrement par télématique.

Ainsi, le RPC peut devenir un point de ralliement susceptible d’améliorer sensiblement les communications au sein du mouvement de consommateurs. Alors que les associations ont eu, jusqu’à maintenant, certaines difficultés à se regrouper, le RPC sera peut-être l’instrument d’une meilleure cohésion entre les groupes qui le composent.

Internet au féminin

Le grand carrefour des femmes sur Internet

À l’été 1997, le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) recevait le feu vert du Fonds de l’autoroute de l’information (FAI) pour réaliser le projet Internet au féminin, qui permettra la création d’un site carrefour pour les femmes du Québec et de toute la francophonie. Sept regroupements d’organismes 2 oeuvrant sur la question de la condition féminine sont partenaires du projet, en plus des autres groupes qui vont collaborer de près ou de loin. On parle, en tout et partout, de plus de 600 groupes impliqués dans le projet. Le site Internet au féminin va donc va donc offrir un large éventail de thématiques qui intéressent les femmes.

Internet au féminin logera à la Maison Parent-Roback, l’édifice du Vieux-Montréal que viennent d’acquérir douze groupes de femmes et qui sera, sans jeu de mot, la maison mère du mouvement des femmes au Québec. Le projet souhaite disposer de son propre serveur pour l’hébergement du site, afin que le projet puisse jouir d’une pleine autonomie. La Maison Parent-Roback, actuellement en rénovation, sera pourvue de tout le câblage nécessaire au branchement des groupes qui y logeront. Internet au féminin s’installe donc en terrain sûr, ce qui permet d’envisager la pérennité du projet avec optimisme.

La coordonnatrice du projet, Sharon Hackett, n’est entrée en fonction qu’en janvier dernier. La tâche parait énorme, ne serait-ce qu’au chapitre de la liaison avec tous les partenaires. Malgré tout, on souhaite ouvrir une première version du site rapidement, dès ce printemps.

Intégrer la télématique aux habitudes de travail

La participation des groupes partenaires, qui sont nombreux et diversifiés, va prendre toute sorte de formes. La première tâche des responsables du projet est de soutenir les groupes dans leur processus de branchement et d’apprentissage d’Internet. Sharon Hackett ne dispose pas d’un portrait précis de la situation mais constate qu’une majorité de groupes ne sont pas branchés. Plusieurs groupes sont sous-équipés. On examine actuellement différents moyens d’aider les groupes à ce chapitre.

On sent aussi une grande réticence vis-à-vis la télématique. «Beaucoup de femmes voient Internet comme une tâche supplémentaire, une tâche sans fin, alors qu’elles manquent déjà de temps. Certaines m’ont dit: pourquoi un site Internet, alors que nous n’avons même pas une brochure sur notre groupe» souligne Sharon Hackett. Dans son esprit, il n’est pas question d’imposer une corvée à qui que ce soit. Il faudra laisser du temps aux groupes, soutenir les efforts et mettre en commun les ressources.

La coordonnatrice constate par ailleurs une ouverture un peu plus grande à l’égard du projet de la part des groupes à l’extérieur des grands centres. Ces groupes sont conscients en effet qu’Internet peut contribuer, entre autre, à rapprocher les régions, à améliorer l’efficacité des communications tout en diminuant les coûts. Les demandes de soutien de la part des groupes sont très diversifiées. Les services que le projet mettra en place le seront tout autant. Le programme de formation, actuellement en préparation, pourrait comporter un volet d’initiation à Internet et au courriel, un autre axé sur les enjeux liés aux TIC et, éventuellement, des sessions sur la construction de sites Web. À plus long terme, on aimerait former des formatrices, pour installer un noyau solide d’expertise technique, fémine et féministe, à l’intérieur du mouvement des femmes du Québec.

D’ici à ce que le programme de formation démarre, le CDÉACF fournit sur demande des conseils sur le branchement, sur l’achat d’un nouvel ordinateur, etc.

Internet au féminin dispose d’un financement pour les 18 prochains mois. Les idées de contenus pour le site et de collaboration avec les groupes de femmes ne manquent pas. On souhaite donner une voix aux groupes, un nouveau moyen de diffusion et un outil de concertation, de mobilisation et d’action. Sharon Hackett espère également que le site aidera à mieux faire connaître le mouvement des femmes, parmi le grand public et, en particulier, parmi toutes les femmes.

Le site NetFemmes, réalisé sur une base personnelle par Sharon Hackett, a enregistré l’an dernier 10 000 visites. Le fait d’avoir construit ce premier carrefour sur le Web donne déjà à la coordonnatrice d’Internet au féminin une bonne vision de la structure du futur site du mouvement des femmes. Le succès de Netfemme démontre par ailleurs l’intérêt des femmes pour un site féminin et féministe.

L’expérience des SADC: la télématique au service du développement des régions

Créées il y a une dizaine d’années grâce à des fonds fédéraux pour le développement régional, les cinquante-cinq Sociétés d’aide au développement des collectivités (SADC) se sont avérées des précurseurs dans l’utilisation de la télématique. On a vite saisi, à travers le Réseau des SADC, l’importance des nouveaux moyens de communication pour la prise en charge, par les communautés des régions, du développement économique et social.

CIRIL, le babillard du développement

Dès 1994, le Réseau des SADC mettait en place le Carrefour d’information et de recherche pour les initiatives locales (CIRIL), un babillard électronique privé opéré avec le logiciel First Class. CIRIL paraissait alors la solution toute désignée pour combler les besoins de communication d’une constellation de groupes dont une des caractéristiques communes est d’oeuvrer dans des localités de moins de 50 000 habitants, donc, d’être relativement isolées.

De l’avis du Réseau, CIRIL allie fiabilité, efficacité, accessibilité et stabilité. «Il n’y a personne au Réseau qui soit mordu de technologie. Pourtant, l’utilisation du babillard est maintenant bien ancrée dans les moeurs» note Mario Huard, coordonnateur du programme PAC au Réseau des SADC. Malgré l’éloignement, les SADC ont toujours échangé lors de rencontres, par fax ou par téléphone. «Mais ça coûtait cher…» CIRIL a rapproché les 55 groupes membres et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les échanges télématiques sont loin d’être froids. «Il s’agit véritablement d’une communauté. On sent qu’il existe une culture et un langage propre au Réseau. On peut deviner, d’après un ensemble de signes, quelles sont les humeurs de nos vis-à-vis.» De plus, l’utilisation de la télématique n’a pas éliminé le besoin de se rencontrer. On se rencontre aussi souvent qu’avant et les réunions semblent plus productives. Les gens qui y participent se sentent plus près les uns des autres.

Selon Mario Huard, les SADC communiquent beaucoup plus grâce à CIRIL. Toutefois, elles ne se noient pas mutuellement d’information. Elles communiquent mieux. «On voit qu’il y a un apprentissage à faire avant d’utiliser efficacement la télématique au sein d’une communauté. Un nouvel usager va devoir s’adapter aux usages du groupe avant de savoir catégoriser adéquatement l’information, de bien peser la pertinence du message…» explique Mario Huard. CIRIL, qui, jusqu’à présent, n’ouvrait ses fenêtres qu’aux SADC, deviendra accessible graduellement à d’autres partenaires.

Du Babillard au Web

En 1995, CIRIL devenait disponible sur Internet, ce qui a contribué à augmenter le nombre d’utilisateurs du babillard. Par ailleurs, les SADC ont progressivement investi dans la création de sites. Le Réseau, qui a son propre site, a aidé ses groupes membres à construire les leurs. Une trentaine de SADC ont ainsi leur vitrine sur le monde et chaque site reflète des réalités régionales bien spécifiques. «CIRIL est notre réseau interne, un outil de communication, efficace et sans artifices; les sites Web, eux, sont clairement des vitrines promotionnelles pour le développement des régions. À raison de 3000 à 4000 visiteurs par an sur chaque site, il s’agit d’un investissement plus rentable qu’un dépliant» explique Mario Huard.

Le programme d’accès communautaire (PAC)

Les SADC sont aussi associées au déploiement de l’accès à Internet en région. Comme partenaire du programme fédéral d’accès communautaire (PAC), le Réseau coordonne et soutien les projets locaux d’accès communautaire à Internet. Pas moins de 260 points d’accès public ont ainsi pu être ouverts dans les différentes localités alors que l’on prévoit en ouvrir 250 autres cette année. En plus d’assurer la promotion du PAC et de soutenir les comités locaux qui établissent un point d’accès, le Réseau dresse un portrait de la situation, région par région, sur le nombre d’abonnés, sur les difficultés techniques de branchement, sur les nouvelles infrastructures requises, etc. Face aux gouvernements, les SADC sont donc devenues un interlocuteur crédible pour toute question liée à l’accessibilité des inforoutes en région.

Avec la multiplication des PAC, les SADC démontrent l’utilité d’Internet aux citoyens et citoyennes des régions, afin que le plus grand nombre de gens possible décident personnellement de se «brancher». L’effet sur le plan du développement économique et social parait évident. La popularité du service d’accès communautaire ne se dément pas. Curieusement, plusieurs personnes qui ont choisi de se brancher à la maison reviennent, après quelque temps, naviguer au point d’accès communautaire, simplement pour le plaisir de le faire en bonne compagnie…

Des réseaux télématiques progressistes américains

Aux États-Unis, Internet a boulversé le paysage médiatique des années 1990. Chez nous, le petit dernier de la famille, le World Wide Web, ne cesse de faire parler de lui dans les journaux, les cafés, les cuisinettes de bureaux, etc. «As-tu vu le site d’un tel?» «Est-tu branchée sur le web?» «À part divertir, veux-tu bien me dire à quoi ça sert?» sont des questions que l’on entend quotidiennement. Or, certains groupes américains, s’étant approprié Internet dans les années 80, ont développé des réseaux et des usages pertinents aux aspirations et aux revendications des groupes populaires et communautaires. Nous avons choisi de vous présenter deux d’entre eux l’Association for Progressive Communication (APC) et Net Action, parce qu’ils se distinguent à la fois par leur influence sur les réseaux internationaux de télématique et par la qualité de leurs contenus.

L’Association for Progressive Communication (APC)

Fondée en 1990, l’Association for Progressive Communication(www.apc.org) regroupe dans un gigantesque réseau de réseaux télématiques plus de 50 000 organismes et individus membres. La mission de l’association consite à «soutenir les organisations, les mouvements sociaux et les individus, par l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC), qui souhaitent développer des communautés d’intérêts et des initiatives visant à contribuer de manière significative au développement humain, à la justice sociale, à la démocratie participative et développement durable». 3 Aujourd’hui pilotée par 25 têtes de réseaux thématiques (environnement, emploi,…), l’APC a réussi à donner à ses membres de formidables moyens d’échange et de concertation en favorisant une appropriation citoyenne des TIC.

L’histoire de l’APC remonte en fait au début des années 80, alors que se créent en parallèles plusieurs réseaux progressistes de communications par Internet, comme Green Net (Grande-Bretagne), AlterNex (Brésil), Web (Canada),… Ces réseaux se «rencontrent» dans le cyberespace, échangent, se concertent, s’offrent de services, se sensibilisent l’un l’autre, bref s’apprivoisent. Petit à petit se tissent des liens et cette synergie donnera naissance à l’APC. Son membership est aujourd’hui quasi-planétaire: de la Suède à l’Argentine (www.wamani.apc.org), de la Hongrie (www.zpok.hu) au Sénégal, sans oublier les États-Unis (www.igc.org). Depuis sa fondation officielle en 1990, le membership de l’APC s’accroit sans cesse.

En février 1997, l’APC a organisé une assemblée plénière de ses membres. Cette rencontre, en chair et en os, a permis de doter l’association de quatre axes principaux d’action:

  • «Soutenir les réseaux télématiques» dans une perspective de renforcement des communautés d’intérêts.
  • «Promouvoir les usages stratégiques des TIC» par les groupes progressistes.
  • «Développer des contenus et des outils d’information et de communication»
  • «Revendiquer et faire pression» pour la promotion d’une climat politique propice à l’appropriation des TIC par les groupes progressistes.

L’assemblée a également décidé de concrétiser ces actions en soutenant deux projets spécifiques:

  • Le projet de soutien «APC Women’s Networking» visant à promouvoir l’appropriation des TIC par les femmes.
  • Le projet «APC Afrique», misant sur le soutien à l’accessibilité des réseaux par la société civile africaine.

En s’appuyant sur ces axes et par ces projets, l’APC a ainsi pu joué un rôle de liaison, entre les Nations-Unies et les organismes membres de l’APC, lors de la Quatrième Conférence mondiale des femmes à Pékin en 1995. Un groupe de quarante femmes, provenant de 24 pays différents y ont alors représenté l’APC et ont offert soutien et formation aux participantes.

Par ailleurs, l’APC offre via le réseau de ses membres l’ensemble des services télématiques Internet (accès au web, courrier électronique,…) et Intranet (servant aux communications internes d’un organisme). Les services sont disponibles en anglais et en espagnol. Enfin, le site web de l’APC héberge une page de veille, de sensibilisation et d’action thématique (Action Alert, en anglais). En février 1998, on y invitait les visiteurs à condamner les massacres menés par les milices d’extrême droite au Chiapas en adhérant au réseau «Chiapas Alert» et/ou en envoyant un courriel pré-rédigé aux différents gouvernements des Amériques et de l’Union-Européenne.</p> <p>L’APC est loin d’être la seule association à tenir des veilles sur des sujets d’actualité et à promouvoir l’activisme dans le cyberespace. Un autre organisme américain en a fait sa raison d’être : NetAction.

NetAction

NetAction est beaucoup plus jeune que l’APC. Fondée en 1996, par Audrie Kraus, elle a pour but d’informer les citoyens et les citoyennes, les hommes et les femmes politiques ainsi que les médias à propos d’enjeux socio-politiques liés aux TIC. Plus précisément, les objectifs poursuivis par Mme Kraus et les membres de NetAction sont:

  • «Assurer un accès facile aux TIC et à l’Internet au plus grand nombre;
  • Former des activistes à l’utilisation de l’Internet comme outil d’organisation locale, de rayonnement et de revendication;
  • Créer des mouvements et des coalitions de citoyens liant les internautes progressistes aux organismes de base.»

Pour mener à terme ces objectifs, NetAction pilote plusieurs activités. Elle publie un bulletin bi-mensuel d’information, NetAction Notes, distribué par courrier électronique. On y présente généralement des enjeux politiques, des outils pratiques, des messages d’alerte sociale et des mots d’ordre pour les activistes. Par exemple, le dernier «NetAction Notes» plaidait en faveur des sites à graphisme léger (parce que plus accessibles), et un numéro précédent discutait de la nécessité de repenser la démocratie à lumière du développement des TIC.

NetAction mène également une action de veille sur le monopole grandissant de Microsoft intitulée «Consumer Choice Campaign». Cette campagne vise à sensibiliser les citoyens américains aux abus de pouvoir du géant de la micro-informatique afin qu’à leur tour, ils puissent faire pression sur le gouvernement. NetAction souhaite que les pressions forcent ce dernier à formuler des politiques anti-trust limitant la main-mise de Microsoft sur le marché des logiciels. On peut d’ailleurs s’abonner au Microsoft Monitor, sur le site deNetAction, si l’on souhaite suivre ce dossier.

Enfin, NetAction offre des ateliers pour les «activistes virtuels». Des documents (en anglais seulement) présentant le contenu de ces ateliers sont mis à la disposition des internautes. Ils sont divisés en deux grandes rubriques: Outils pour les droits cybernétiques (Cyber Rights tools) et Dossiers de cyber-action (Cyber Action Issues). On y trouve de petites perles, sous formes de courts articles ou de listes de ressources disponibles sur Internet. Parmi ces documents, un petit texte, Can the Spam, explique comment mettre sur pied une liste d’envoi (de distribution, de discussion) qui soit efficace et respectueuse de la vie privée et de la Netiquette. Il y a également un article qui pourrait intéresser les groupes qui s’intérrogent sur les potentiels de l’Internet. En effet, dans «How an NGO could benefit from the Internet» Arun Mehta propose différents éléments de réflexion sur la pertinence d’intégrer la télématique aux activités des groupes. Enfin, NetAction a répertorié des pointeurs vers un foule de ressources (surtout américaines) faisant la promotion des intérêts des citoyens et citoyennes, notamment dans le cybermonde. On y trouve en outre un document fort intéressant sur l’Accès Universel : Universal Access to the Net: Requirements and Social Impact.

NetAction demeure essentiellement centrée sur des préoccupations américaines, cela va de soi. Néanmoins, la qualité des contenus qui y sont diffusés offre plus d’une source d’inspiration pour les groupes populaires et communautaires du Québec.

De l’autre côté de l’Atlantique, en Europe, une autre association mène une campagne semblable à celle de Net Action. Il s’agit de VECAM, dont nous dirons quelques mots à l’instant.

VECAM

VECAM – Veille européenne et citoyenne sur les autoroutes de l’information et le multimédia- est, les lecteurs du CommInfo s’en souviendront, une organisation née en 1995 et dont les objectifs sont la promotion des intérêts citoyens dans le développement des systèmes de communication et la défense des préoccupations citoyennes sur les inforoutes.

VECAM se décrit comme:

  • «Un réseau européen et international d’échange d’expériences sur les utilisations citoyennes des nouvelles technologies de l’information, dans les domaines de l’exclusion sociale, de la formation, de l’environnement, des arts,…
  • Un lieu de réflexion sur les impacts sociétaux de ces nouveaux outils multimédia.
  • Une tribune collective sur les choix technologiques qui conditionnent notre avenir.
  • Un centre d’expérimentation et de formation destiné à l’appropriation des ces nouvelles technologies par les citoyens et leurs multiples associations.»

Elle organise des colloques, des conférences et des rencontres internationales sur ces thématiques, dont les célèbres rencontres de Parthenay. On trouve sur le site de VECAM une liste des projets auxquels elle participe, ainsi que les cahiers VECAM «consacrés aux nouvelles technologies» mais dont le contenu n’est, à ce jour, pas encore disponible. Ces cahiers sont rédigés en collaboration avec le mensuel Transversales, Sciences et Cultures. Enfin, VECAM invite en ce moment les internautes à signer une «déclaration pour des technologies de la communication au services de la démocratie et de la collectivité».

Notes :

1. ACEF Abitibi-Témiscamingue, ACEF Amiante-Beauce-Etchemin, ACEF de l’Est de Montréal, ACEF de l’Estrie, ACEF de l’Île Jésus, ACEF de l’Outaouais, ACEF de la Mauricie, ACEF des Basses-Laurentides, ACEF des Bois-Francs, ACEF du Grand Portage, ACEF du Haut-St-Laurent, ACEF du Nord de Montréal, ACEF du Sud-ouest de Montréal, ACEF Lanaudière, ACEF Rimouski-Neigette, ACEF Rive-sud de Montréal, ACEF Rive-sud de Québec, Association des consommateurs du Québec, Association des consommateurs pour la qualité dans la construction, Centre de recherche et d’information en consommation de Port-Cartier, Centre populaire de Roberval, Fédération des ACEF, Fédération nationale des associations de consommateurs du Québec, Groupe de recherche en animation et planification économique de Québec, Option-consommateurs, Service budgétaire populaire de l’Estrie, Service budgétaire populaire de Chicoutimi, Service budgétaire populaire d’Asbestos, Transport 2000.

2. Association des collaboratrices et partenaires en affaire (ACPA), Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFÉAS), Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT), Fédération des femmes du Québec (FFQ), Fédération des ressources d’hébergement pour femmes violentées ou en difficulté du Québec (FRHFVDQ), Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale (RPMHTFVVC), Relais Femmes.

L’équipe de rédaction de ce bulletin : Charles Tanguay, Philippe Tousignant, Francine Pelletier

2017-03-06T21:27:57+00:00