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///Sommet mondial sur la Société de l’information, des technologies au service de la société

Sommet mondial sur la Société de l’information, des technologies au service de la société

Montréal, 25 novembre 2005 – Du 14 au 18 novembre 2005 se déroulaient, en parallèle de la 2ième phase du Sommet mondial sur la Société de l’information, des centaines d’ateliers, de panels, de débats, de réunions et d’expositions organisés par les gouvernements, l’entreprise privée et les organismes de la société civile de tous les coins du monde.

Au sortir de cette grande rencontre tenue sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU), les organisateurs, les gouvernements et le secteur privé soulignent le succès de ce Sommet. Toutefois, la société civile demeure réservée devant le peu d’engagements significatifs qui ont pu se prendre, jugeant le Sommet utile mais impatiente de voir les impacts réels qui suivront. Concrètement, les efforts d’une dizaine d’États dans le cadre d’un Fonds pour la solidarité numérique initié par le Sénégal devront se poursuivre, puisque cet engagement demeure volontaire. La création d’un Forum sur la gouvernance d’Internet (FGI), auquel la société civile est appelée à participer, devra permettre d’élargir la discussion sur ces enjeux pour lesquels les Américains n’ont pas voulu céder le contrôle exercé par  » l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers  » (ICANN), une agence américaine.

La tenue du Sommet en Tunisie, porte d’entrée historique de l’Afrique pour l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe symbolise les grands enjeux de cette rencontre dont ceux de la fracture numérique Nord-Sud ; symbolise également les enjeux sur la gouvernance de l’Internet au plan des droits et libertés. De fait, la tenue de ce Sommet en territoire tunisien a été questionnée tout au long du processus au cours des quatre dernières années. En effet, on a pu observer des arrestations par les autorités tunisiennes, des actes de violence, une grève de la faim, le blocage de sites web, de nombreux actes d’intimidation, culminant sur une obstruction de la tenue du Sommet citoyen sur la Société de l’information. Ces nombreuses entraves orchestrées par le gouvernement tunisien, tant dans les rencontres préparatoires qu’au Sommet lui-même, se sont reflétées par des prises de position lors des ateliers, soit annulées ou par la prononciation de discours en faveur des droits et libertés.

Au sortir du Sommet les organisations des médias et de la liberté d’expression font appel à une enquête des Nations Unies sur ces attaques, remettant en cause la tenue de tel événement dans un pays ne respectant pas ses engagements internationaux envers les droits de l’Homme et la liberté d’expression.

Au côté de ces manifestations un nombre impressionnant de Tunisiennes et Tunisiens a été mobilisé pour se préoccuper du confort et de la sécurité des visiteurs du Sommet. La population, quant à elle, a vu ses activités ralenties par la fermeture des écoles et de l’administration publique, le gouvernement souhaitant ainsi faciliter la circulation générée par plus de 25 000 personnes venues participer au Sommet.

Le gouvernement du Québec, impliqué dans cette démarche, a souhaité faire rayonner les réalisations d’acteurs du gouvernement, des institutions et du milieu communautaire québécois en déléguant sept organisations dans le cadre de l’événement  » L’expertise du Québec au-delà des frontières  » tenue le 17 novembre. Communautique, invité à participer à la délégation, a présenté différentes initiatives en vue de contrer la fracture numérique et d’assurer le développement d’un Internet citoyen pour que tous puissent prendre part au développement de la Société de l’information :

  • Le projet Inforoute – Point d’accès – Initiation de la population, fruit d’un partenariat avec de nombreux organismes régionaux et locaux, permettant avec une équipe d’animation du milieu de former plus de 50 000 personnes à l’utilisation de l’Internet ;
  •  L’espace associatif, lieu de partage et de rencontre des expertises communautaires et de l’économie sociale, accueillant des récits d’utilisation citoyenne des technologies ;
  •  La Plateforme québécoise de l’Internet citoyen, document rassembleur autour de propositions pour contrer la fracture numérique et pour développer un Internet citoyen ;
  •  Le Communautaire en ligne, des travaux de consultation et de concertation du milieu pour contribuer à résoudre les problèmes d’accès et d’éducation, pour construire des ponts entre ceux qui sont branchés et ceux qui ne le sont pas, pour appuyer les actions collectives.

Remarquablement, les réflexions et expériences partagées par des milliers de participantEs au Sommet se rejoignent dans une volonté de mettre les technologies au service de la lutte contre les inégalités sociales, la lutte contre la pauvreté, pour l’accès à l’éducation, à l’information et aux services de santé, la protection de l’environnement, l’expression de la culture dans toute sa diversité, la liberté de recherche et d’expression, et l’exercice de la démocratie par une participation active et inclusive. Il a été souligné toute l’importance de mesurer les différentes dimensions de la pauvreté, source de manque de liberté, de frustration matérielle aux effets négatifs sur l’opportunité des chances d’accès à l’éducation, à la culture, à l’emploi et à l’exercice pleine et entière de sa citoyenneté.

Notablement, les pays en voie de développement, grandement présents dans le hall d’exposition et dans les nombreuses présentations, ont partagé leurs analyses et expériences réalisées dans des conditions complexes alliant, entre autres, les difficultés d’accès aux infrastructures, d’alphabétisation et des besoins essentiels de leur population. Ces expériences sont des modèles d’inspiration pour les pays du Nord qui ont, de fait, de plus grandes possibilités d’accès mais dont les usages citoyens ne sont pas très développés.

La participation de Communautique à l’organisation d’une journée de travail sur les enjeux du Sommet mondial en avril dernier, à larencontre préparatoire de la Commission canadienne pour l’UNESCOde mai dernier et au Sommet de Tunis en novembre devra permettre de faire le pont entre cette mouvance mondiale et la réalité locale de l’appropriation des technologies au service de tous les citoyennes et les citoyens :  » Un autre Internet, comme outil puissant d’inclusion sociale, de développement local, d’éducation, d’expression culturelle et d’exercice de la démocratie « . Les nombreux exemples des pays ayant un plan d’action pour le développement d’un Internet citoyen, social et inclusif devront nous inspirer pour poursuivre la sensibilisation auprès de nos décideurs publics qui auront à prendre en compte la fracture d’accès et d’usage dans notre propre société.

Des pistes d’action

Au sortir des ateliers, un autre Internet se définit par une demande pour une présence plus active des femmes dans les sphères décisionnelles des plans d’action en matière de technologies, des réformes dans l’enseignement combinées à une appropriation intégrée des outils médiatiques incluant la radio et la télé dans un souci d’une configuration des médias qui permette l’expression de la parole citoyenne et non une concentration monocorde et appauvrie culturellement de ces outils porteurs de démocratisation des savoirs.

C’est également une vision partagée de collectivisation, de transformation des institutions pour mettre les technologies au service de l’accès à la vie économique et sociale, de solutions pour des problématiques sociétales, et pour le développement de contenu local.

C’est un appel aux décideurs publics à évaluer les impacts des choix technologiques qui sont déployés, à revoir le projet social que sous-tend ces choix, tel que représenté par les valeurs des tenants du logiciel libre qui tenaient un événement parallèle à Tunis au cours de la semaine du Sommet. Des choix sociaux pour des outils conviviaux, que l’on peut maîtriser et configurer pour ses besoins.

Les rencontres ont permis également de mettre en lumière l’importance de s’approprier le concept de Société de l’information, dont la terminologie ne trouve pas toujours écho dans toutes les langues et les niveaux de langage de la population.

Enfin, il a été souligné que tant que les initiatives des gouvernements, du secteur privé et de la société civile, qui sont très bonnes en soi, resteront séparées nous ne pourrons réellement confronter les enjeux soulevés par ce Sommet ; la situation commande de faire des ponts entre ces secteurs. La société civile a la responsabilité de demander que les stratégies nationales soient bâties sur une responsabilité sociale et non uniquement sur le commerce.

2017-03-06T21:26:55+00:00